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Autriche de M. Haider (L')

par Jacques Le Rider

( Livre )
PUF
février 2001, 311 p., 22.56 euros

ISBN : 2130516580

C'est le journal d'un universitaire français, spécialiste de l'Autriche, ancien directeur de l'Institut français à Vienne, commencé au moment de l'intégration en février 2000 du FPÖ (parti d'extrême droite) dans le gouvernement autrichien. Face à ce brevet d'honorabilité offert au populisme autrichien par la droite chrétienne-démocrate, Jacques Le Rider réagit très vivement en soulignant le caractère unique dans un pays de langue allemande de cette transgression d'un tabou en place depuis 1945.

« Il fallait se battre, " résister ", comme l'ont dit un peu pompeusement les intellectuels qui se sont mobilisés en Autriche et à l'étranger contre le gouvernement bleu-noir. Le Journal de Jacques Le Rider propose une description honnête donc parfois dérisoire des affres des intellectuels confrontés à des choix déchirants : y aller ou pas ? Rester ou partir ? Démissionner ou continuer ? Boycotter ou porter la bonne parole ? (…) Le bilan n'est pas très encourageant. "Du côté français, on s'imagine avoir fait énormément", écrit Jacques Le Rider. "En réalité, on en a trop fait, pour se faire plaisir, sans connaissance ni désir de connaissance du terrain autrichien. Du côté autrichien, on s'est senti plus incompris que jamais." L'incompréhension n'est-elle pas une caractéristique permanente des relations franco-autrichiennes ? » (extrait d'un article de Daniel Vernet, Le Monde, février 2001)

« Avons-nous encore besoin de l'État appelé Autriche ? Lecteur de Thomas Bernhardt, et de Hofmannsthal, Jacques Le Rider souffre du trop grand hiatus qui existe entre l'Autriche historique et culturelle dont il n'a cessé d'étudier sous toutes ses facettes la paradoxale modernité - notamment dans son grand livre sur Modernité viennoise et crises de l'identité - et l'espèce de sous-Bavière que l'Autriche réelle, à ses yeux, serait devenue, une Autriche économiquement annexée par l'Allemagne et repliée sur une identité régionale folklorique, indigne de son passé. Le jugement est sévère, comme toujours quand une partie dresse le bilan d'une rupture sentimentale, il est peut-être excessif, et Jacques Le Rider, dans ce document courageux, ne dissimule pas que nombre de ses amis autrichiens, qui condamnent politiquement l'aventure actuelle, ne parviennent pas à partager sa réaction passionnelle. Il est pourtant certain que le triomphe du "national-régionalisme" en Autriche, en attendant la Suisse et l'Italie, pose un problème européen, qui va au-delà du cas Haider et de son Feschismus (de l'autrichien fesch, bien habillé, chic, fashionable). Lors de plusieurs voyages en Europe centrale et orientale, en Pologne, en Roumanie, en Moldavie, en Ukraine - notamment à Czernowitz, la ville, alors roumaine, où naquit Paul Celan en 1920 - le germaniste s'interroge sur l'avenir de cette Mitteleuropa, dont le vrai centre serait à Prague, et qui pourrait être tentée par le modèle "bleu-noir", faute de projet européen clair et ambitieux. Son journal, qui se veut un témoignage, ne cède à aucune complaisance narcissique; il répond à la nécessité de dresser le bilan de plusieurs erreurs et de plusieurs illusions : celles des socialistes autrichiens, qui n'ont jamais voulu vraiment tirer le passé au clair, celles des hommes politiques français, arrogants et amateurs, qui ont joué avec les sanctions pour des raisons de politique intérieure, celles des autorités européennes, qui ont habillé de Realpolitik économique leur lâcheté et leur impuissance, celles enfin des Autrichiens eux-mêmes, qui ont tourné le dos à ce que Hofmannsthal appelait leur "mission". » (extrait d'un article de Jean Lacoste, Le Quinzaine Littéraire, avril 2001)

Jacques Le Rider qui fut conseiller culturel auprès de l'ambassade de France à Vienne et directeur de Institut français de Vienne, en profite pour dénoncer l'incurie de des bureaux de coopération linguistique français.

 
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