BiblioMonde

Un autre islam : Inde, Pakistan, Bangladesh

par Marc Gaborieau

( Livre )
Albin Michel
Collection Planète Inde
2007, 388 p., 23.3 euros

ISBN : 978-2226173102

Avec 400 millions de fidèles - un musulman sur trois dans le monde - l'islam du sous-continent indien est la plus grande minorité religieuse de la planète, répartie quasi également entre l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh - sans compter les petites communautés des Maldives, de Sri Lanka, du Népal et du Bhoutan.

Les sept unités politiques du sous-continent indien rassemblent près d’un tiers des musulmans du monde (400 millions environ) cependant cet « Autre islam » qui constitue un pôle important du monde musulman reste très mal connu.

Dans une première partie, l’auteur revient sur treize siècles d’histoire. Dès le VIIe siècle, l’islam s’inscrit dans l’espace et l’historie de l’Inde. Durant les six siècles d’hégémonie islamique et d’expansion de l’islam (du XIIIe siècle avec le sultanat de Delhi, à la domination anglaise), des formations politiques diverses se sont développées; parmi elles, le modèle de gouvernance de l’empire moghol qui s’est imposé, présente de nombreuses similitudes avec les formations politiques hindoues du XVIIIe siècle. Au cours de la longue période de la colonisation britannique, l’Inde s’engage dans les réformes (droit, langues) qui modifient considérablement le champ de l’islam. Un fait essentiel est la « démilitarisation » des États de l’Inde. Après la révolte des Cipayes (1857) l’Inde entre définitivement dans l’ère de la modernité et l’islam se recompose dans ses courants religieux et dans son engagement politique.

La deuxième partie sonde la complexité des héritages ethniques et culturels des islams de l’Inde. Les élites « musulmanes » sont marquées par un double héritage, celui de la culture turque concurrencée par celle de l’Iran et par l’influence arabe qui renaît au XIXe siècle avec la facilité des communications.

Le « substrat » pré-islamique a été peu modifié par l’acculturation des immigrés et la conversion à l’islam des populations. Dans l’Inde contemporaine, les deux ensembles regroupant les sociétés actuelles, musulmane et hindoue, sont toutes traversées par des fractures internes mais ne forment qu’une « seule » société (3e partie).

La question politique est réexaminée depuis la césure de 1857 (4e partie). Les musulmans de l’Inde ont tenté de coexister avec les hindous et de se faire une place dans le champ politique sous la « Pax Britannica ». Jusqu’en 1918, face aux séparatistes musulmans et aux revivalistes hindous, la majorité des élites des deux sociétés reste neutre. La défaite ottomane provoque un choc brutal chez les musulmans tandis que le mouvement de Gandhi s’affirme. Le séparatisme s’amplifie dans les années 1930 avec le poète Muhamad Iqbâl (issu d’une famille de brahmane anciennement convertie), Muhammad Ali Jinnah (shî ‘ite, leader de la ligue musulmane) et le théoricien de l’État islamiste Maududi fondateur du mouvement radical La Djamâat-is-Islâmi. En 1947, le Congrès refuse toute concession à la Ligue musulmane victorieuse aux élections générales de 1945-1946. La partition de 1947 est suivie de violences, le Pakistan est né.

En épilogue, l’auteur donne un « roman ethnographique » intitulé « Un homme, une femme » sur le mode de présentation des musulmans par les premiers ethnographes indiens.
Nicolle Samadi, IERS

 
© BiblioMonde.com