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Archéologues sur les pas d'Homère~: La naissance de la protohistoire égéenne

par

( Livre )
Agnès Viénot
1999, 383 p., 36.59 euros

ISBN : 2911606418

Un très bel ouvrage, richement illustré

Depuis des siècles, Homère nous fascine et nous éblouit. Ses écrits ont guidé les premiers chercheurs, pionniers de l'archéologie, tel Schliemann, dont l'unique obsession était de découvrir ses cités mythiques... Le poète inspire alors aussi bien les artistes (Goethe, David, Chasseriau, Corot, Ingres, Delacroix...) que les balbutiements d'une discipline naissante. C'est l'époque où le goût est aux ruines, où le dernier chic consiste à lire Sophocle à Colone ou l'odyssée à Ithaque. Le romantisme bat son plein. Mais ce sont les fouilles qui mettent au jour les villes, les forteresses et les palais. Elles révèlent les savoir-faire et les sources d'inspiration de leurs habitants. Laissons les légendes séduire les enfants, intéressons-nous davantage aux artisans, pêcheurs, paysans anonymes, Leurs maisons, leurs outils, leurs poteries, leurs figurines se trouvent à Dimini, à Hissarlik, à Ithaque. Aller au-delà du simple exposé historique, ne pas succomber à la tentation homérique et proposer une histoire de la conception archéologique, telles sont l'originalité et l'ambition de cet ouvrage.

« Jusqu'aux années 1750, la Grèce antique était presque inconnue des savants. Avant Winckelmann, la plupart des antiquaires connaissaient mieux la civilisation romaine que la civilisation grecque. Paradoxalement, ce furent les fouilles en Italie (Pompéi, Herculanum) qui suscitèrent, chez des hommes épris de pittoresque, le désir de se rendre en Grèce et de fournir un dépaysement à leurs lecteurs par des récits de voyage. Les ruines devinrent alors symboles du temps qui passe, les paysages objets de rêveries, les hommes, romantiques. Le XIXe siècle fut l'âge des partances et de l'orientalisme.

Peu à peu, cependant, la ruine devint un fragment visible de l'Histoire et le paysage un lieu d'études. Les hommes, des lettrés qui vinrent confronter leur savoir philologique (en particulier leur connaissance de la Périégèse de Pausanias) à la réalité du terrain. Privilégiant les lieux connus par la littérature, en particulier les sanctuaires, ces hommes se limitèrent à une recherche de surface qui ne fut pas exempte de découvertes. Dans cette Grèce libérée du joug ottoman, peuplée de brigands, les voyageurs sont des voleurs : Chateaubriand critiqua le pillage de l'Acropole par Elgin mais se vanta de posséder lui-même quelques pierres. Seule comptait alors la beauté de l'objet, sans souci du contexte archéologique de la trouvaille. L'archéologie n'était pas encore née, la fouille n'était alors conçue que comme une chasse aux trésors et les grands musées européens enrichirent leurs collections de ces larcins. La voix d'un Ernest Renan, qui rêvait de théories sacrées rapportant à Athéna les débris de temples qui lui avaient été volés, était alors bien isolée.

De cette triple origine, le romantisme, la philologie et la chasse aux trésors, la science archéologique naissante allait en garder la trace. En particulier, elle orienta les premières recherches en protohistoire égéenne, quand des hommes partirent sur les pas d'Homère. » (Christophe Hugot – lire la suite sur le site de la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité de l’université de Lille)

Olga Polychronopoulou est professeur d'archéologie grecque à l'Ecole de Restauration des Antiquités et des œuvres d'art d'Athènes.

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