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Ambassade à Byzance

par

( Livre )
Anacharsis
Langue d'origine : latin
Traduit par Joël Schnapp
2005, 104 p., 14 euros

Auteur : Liutprand de Crémone - ISBN : 2914777175

Liutprand, évêque de Crémone, se rendit à deux reprises en ambassade à Constantinople, au milieu du Xe siècle. L’Occident essayait encore une fois de réactiver la vieille idée impériale romaine et germanique, et il fallait en passer par des tractations avec l’Empire byzantin, l’Empire romain d’Orient autrement dit, qui n’entendait pas se laisser prendre la suprématie, en Italie et à Rome notamment, par les descendants des Saxons, des Germains ou des Francs : par des barbares en somme.

Les deux récits de Liutprand réunis ici nous font pénétrer, comme aucun autre sans doute, au cœur de la cour impériale byzantine. Lors de la première ambassade, en 948, Liutprand est ébloui par le faste de la réception que lui réserve le basileus Romain II : ce sont des automates d’or en forme de lions qui se mettent à rugir, des rangée d’eunuques aux vêtements fastueux, tout le protocole pointilleux d’une cours organisée à l’image des hiérarchies célestes...

Autre temps, autre mœurs. Lorsqu’il revient à Constantinople en 968, le sang a coulé, la guerre menace avec l’Empire d’Orient, gouverné par l’un de ses plus austères empereurs, Nicéphore Phocas, « la pâle mort des Sarrasins ». Cette fois, c’est l’envers du décor que nous dépeint l’évêque de Crémone, dans une lettre vive et colérique, où il décrit les humiliations, les mauvais traitements, le mépris dont on l’accable, et, en son nom, l’empereur germanique Otton Ier lui-même. C’est ici, précisément, que les Ambassades à Byzance de Liutprand de Crémone se chargent de tout leur sens. À elles seules, elles anticipent et résument, comme en un catalogue, tous les conflits, les querelles et disputes, souvent peu reluisantes, qui enveniment depuis des siècles les relations entre les deux parties de la Méditerranée, l’orientale et l’occidentale. À la suffisance des uns répond l’arrogance des autres, aux sous-entendus malveillants les allusions blessantes, aux railleries le cynisme, et lorsque l’on a épuisé tout ce jeu de dédain, de mépris, de morgue que tolère la civilité affectée des échanges diplomatiques, à l’ordure on réplique par l’ordure. Dans les textes de Liutprand, c’est encore au symbole que l’on frappe - et avec quelle force ! -, mais les temps des armes viendra, et à sa suite celui de l’indifférence implacable lorsque Byzance sera tombée. Il y a quelque chose de prémonitoire en même temps que de dérisoire chez Liutprand, qui, en vouant l’Orient à la catastrophe, semble chercher en réalité à se venger parce qu’on lui a servi des repas trop aillés. (présentation de l'éditeur)

Traduit du latin par Joël Schnapp, présentation de Sandrine Lerou

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