BiblioMonde

  Islande
La politique européenne


-Découvrir le pays
-Visiter le pays
-S'expatrier
-Faire des affaires
-Étudier le pays
-S'informer sur le pays
-Apprendre la langue

-Le nom du pays
-Le territoire
-La population
-L'immigration
-Les langues
-Données historiques
-Religions
-Le type d'État
-Le régime politique
-Le président
-Le gouvernement
-Les partis politiques
-L'armée
-Défense et sécurité
-Drapeau, emblème, hymne
-Le calendrier des fêtes
-Données économiques
-Le commerce extérieur
-La politique européenne
-Les relations extérieures
-La diaspora
-Les médias
-Données culturelles
-Le tourisme
-La francophonie locale
-Données écologiques
-Informations particulières

L'Islande a enterré en mars 2015 sa candidature à l'Union européenne, peut-être pour très longtemps, le pays étant dominé par l'euroscepticisme et refusant de soumettre sa pêche aux quotas de Bruxelles.

Début 2009, le pays en pleine crise financière avait enclenché un processus d'adhésion qui finalement n'a pas abouti. Le Parti du progrès (centriste) du premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson, est farouchement opposé à l'Union européenne, tandis que le Parti de l'indépendance (conservateur), plus divisé, a tenté d'imposer l'idée d'un référendum qui n'aura pas lieu.

L'Islande a dit vouloir maintenir « des relations et une coopération étroites » avec l'UE, avec laquelle le pays est lié via l'Association européenne de libre-échange (AELE) et la convention de Schengen qui permet la libre-circulation des personnes. (source : Le Monde)


Le débat crucial du début du millénaire : adhérer ou non à l’Union européenne, un article de Jacques Mer, avril 2007

Entre 1990 et septembre 2006 (date du retrait des troupes américaines d’Islande), tous les piliers sur lesquels reposait la diplomatie islandaise ont connu des mutations considérables. Va-t-il y avoir un pareil changement en ce qui concerne l’Union européenne ?

Avec la Suisse, le Lichtenstein et la Norvège, l’Islande reste un des rares pays de l’Ouest européen à ne pas s’être joint à l’Union européenne (la Norvège a fait deux tentatives avortées). Étant donné le faible poids démographique et économique de ce micro-État, cela passe inaperçu. Pourtant, depuis quelques années, la question est publiquement posée dans l’île, et donne lieu à des « polémiques » entre responsables politiques et économiques, tant au sein de la majorité que de l’ opposition..

L’avenir est incertain. Un élément nouveau vient d’accroître ces incertitudes. Privée du « parapluie militaire américain » depuis l’automne 2006, l’Île pourrait penser à compenser ce « déficit de sécurité » en se rapprochant de (sinon en se joignant à) l’UE. Quelques responsables politiques le proposent, mais la question n’intéresse pas vraiment la majorité de la population. Les résultats des élections législatives de mai 2007 diront si les partisans d’une telle « ouverture » peuvent constituer une majorité agissante au Parlement ou si un immobilisme attentiste prévaudra. À suivre



En tout état de cause, ce qui est sûr, c’est que la situation présente des liens entre l’Islande et l’Union est la conséquence de données historiques remontant loin dans le passé et trouve son origine dans des facteurs liés non seulement à l’économie et à la politique, mais aussi à l’identité culturelle, sociologique et affective islandaise.


Rappels historiques

Nation nouvellement indépendante et défendant cet acquis, l'Islande (amenée, certes, pour des raisons de sécurité à adhérer à l'OTAN et à signer un accord avec les États-Unis) a manifesté une nette réticence vis-à-vis des initiatives européennes nées dans les années cinquante et soixante. Du reste, sa position géographique lui permettait de se tenir à l'écart de la Communauté économique européenne, et les particularités de son économie (importance de l'agriculture et de la pêche, fluctuations monétaires) lui dictaient la méfiance face à des politiques communes pouvant nuire à ses intérêts. Tout au plus a-t-elle participé à partir de 1970 à l'Association européenne de libre-échange (AELE).

À la fin des années quatre-vingt, la situation internationale change. En janvier 1989, Jacques Delors, Président de la Commission de Bruxelles, suggère une négociation entre les Douze (de la CEE) et les Sept (de l'AELE). Il a en vue la création d'un Espace économique européen (EEE), fondé sur le principe des « quatre libertés » (liberté de circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes) et la mise en œuvre de « politiques d'accompagnement » pour intensifier la coopération culturelle, scientifique, les actions pour l'environnement, etc. Il s'agit de renforcer l'intégration entre les Dix-neuf, sans que les États de l'AELE subissent les inconvénients d’une adhésion à la CEE (supranationalité, politiques communes…).

L'accord sur l'Espace sera signé en 1992, mais pour Vienne, Stockholm, Helsinki (la Norvège ayant, finalement, dit non par référendum en 1994), il ne constituera qu'une brève parenthèse, avant l’adhésion à l’Union. Il entre en vigueur en 1994 et sera, à partir de 1995, le cadre régissant les relations économiques et organisant des coopérations approfondies entre les deux groupes d'États : d'une part, les membres (les Quinze d’alors) de l’Union européenne, et, d'autre part, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein.

Treize années se sont écoulées depuis la naissance de l’EEE et celui-ci demeure en vigueur. C'est qu'il a présenté, malgré des lacunes incontestables, des avantages pour ceux choisissant de rester hors de l'Union européenne. Cette situation peut-elle perdurer ?

S’agissant du bilan de l'EEE vu du côté islandais, notons qu’il ne comporte aucune dose de supranationalité et donc, au départ, apaisait les craintes des « souverainistes » de l’île. Surtout, grâce à la mise en œuvre des « quatre libertés », il a contribué à l'expansion des échanges (en particulier commerciaux) entre l'île et le continent. Il supprime divers obstacles (droits de douane, obstacles non-tarifaires) et facilite les contacts entre entreprises; dans des branches qui n'étaient pas des priorités islandaises, il a joué un rôle moteur. En 2005, l'Union européenne (à 27) fournit environ 69 % des importations islandaises, et achète plus de 77 % de ses ventes.

L’EEE a évité, en outre, à l'agriculture et à la pêche les dangers liés à une adhésion à l'Union européenne, tout en prévoyant de modestes avantages pour ces secteurs.

Sur le plan de la circulation des services et des capitaux, il a stimulé un effort colossal de modernisation et de libéralisation de la réglementation, là où des textes sclérosés dominaient. Il favorise aussi les investissements réciproques, le capital étranger ne pouvant toutefois s’investir dans les ressources naturelles (pêche et production d’électricité) islandaises.

Pour la circulation des personnes, l’EEE a fait faire des progrès énormes, tout en comportant des « clauses de sauvegarde » en ce qui concerne l’installation en Islande de travailleurs migrants.

Les « politiques d’accompagnement » prévues par l’EEE incluent ses membres dans de vastes programmes de coopération culturelle, universitaire, scientifique, d’actions pour la protection de l’environnement, etc.

Face à ces acquis, divers inconvénients de l'EEE sont souvent dénoncés à Reykjavík. Dans les domaines régis par l'Espace, la réglementation est largement élaborée à Bruxelles par la Commission de l'Union, et les pays de l'EEE qui ne sont pas membres de l'Union européenne n'ont qu'une part limitée dans la prise de décision. Leurs experts sont consultés dans la phase initiale (préparation des textes) et, même si, ensuite, ils peuvent faire part de leurs objections aux pays de l'Union européenne, c'est celle-ci qui prend la décision finale. Certes, il existe une commission mixte où se retrouvent tous les États de l'EEE, mais son rôle est limité. Bien que la faculté existe pour les États non membres de l'Union européenne d'opposer un veto à une décision, cette situation, lourde de conflits, ne s'est jamais produite. En outre, le Conseil des ministres de l’EEE (les ministres des Affaires étrangères) se réunit deux fois par an pour des sessions courtes et formelles.

De tels inconvénients posent problème à Reykjavík. Cependant, les dirigeants du pays, jusqu’à maintenant, ont, dans l’ensemble, porté un regard positif sur l’EEE et le voyaient perdurer. Ceux qui pensent qu’il faut aller plus loin et envisager assez vite une négociation d’adhésion sont très minoritaires, se limitant en gros aux dirigeants de l’ « Alliance » sociale-démocrate et à quelques Conservateurs isolés. Bien que globalement europhile, « le Parti du Progrès », centriste, est plus prudent et attentiste.

Depuis 2004, l’élargissement de l’UE a changé les données du problème. Outre que cet élargissement peut créer des dommages aux intérêts islandais, la question de l’isolement de l’île face à un ensemble, qui va recouvrir presque toute l’Europe Occidentale (Islande, Norvège, Suisse et Liechtenstein exceptés) et centrale, se pose sous un jour différent aux responsables du pays.



Une adhésion à l'Union européenne est-elle prévisible à moyen terme ?

Une question longtemps occultée

Pendant des années, la question d'une adhésion de l’Islande à l'Union n'a pas fait l'objet d'un débat, même lorsque les autres Nordiques furent impliqués dans un tel processus. Ainsi, entre 1990 et 1994, la Finlande, la Norvège et la Suède déposant leurs candidatures, des négociations s'engagèrent; l'opinion, les partis, les organisations professionnelles prirent position sur les principes, puis par rapport aux accords qui sortirent des négociations, jusqu'à ce que des référendums mettent fin au débat. Mais, à l’époque, l'Islande ne connut pas de telles discussions : « la question de l'adhésion n'est pas à l’ordre du jour », répétaient les dirigeants.

Des voix isolées faisaient exception : d’abord, des universitaires, pour qui la question valait d'être creusée. Une adhésion, selon eux, apporterait des avantages à l'île : lui éviter l'isolement résultant d'un éventuel désengagement américain, d'une dislocation de l'AELE et d'un déclin de la coopération nordique. Au plan économique, la faire bénéficier des atouts du grand marché unique (profitable aux consommateurs et à maintes entreprises) et imposer des réformes stimulant la compétitivité dans des secteurs régis par des règles obsolètes. En outre, pour les réformateurs, les dangers d'une adhésion à l'Europe (pour la pêche, surtout) pouvaient, par le biais de diverses procédures, être évités.

Au sein du Parti social-démocrate, autour de son chef, Jón Baldvin Hannibalsson (ministre des Affaires étrangères de 1988 à 1995), quelques esprits rêvaient de suivre l'exemple des pays voisins, et constataient que ces derniers allaient infliger à l'Espace économique européen un gros choc, en en réduisant le champ géographique. Mais ces rares politiques n'osaient trop afficher leur position, craignant des suites électorales défavorables.

C'est que, pour la majorité du pays, les dangers d'une inclusion dans l’Europe étaient indéniables. D'abord, elle signifierait la perte de l'indépendance. Avec elle serait mise en péril l'identité culturelle, voire linguistique, préservée depuis l’origine, et si chère à ce peuple.

De manière générale, on craignait la dissolution d'une nation de moins de 300 000 citoyens au sein d'une superpuissance de centaines de millions d'habitants. L’Europe semblait dominée par les grands États, les grosses entreprises, et gérée par une technocratie assoiffée de réglementation et peu soucieuse des intérêts d'une petite île lointaine.

À ces dangers globaux s'ajoutaient d'autres périls, « sectoriels » mais très menaçants. Les salariés ne seraient-ils pas, en vertu de la circulation des personnes, victimes d'une « invasion » de chômeurs des pays du sud de l'Europe ? Le système de protection sociale ne risquait-il pas d'être aligné sur ceux de pays moins généreux ? Nombre d'Islandais restaient réservés face à l'éventualité d'investissements étrangers (surtout dans la pêche). Et l’on allait jusqu'à craindre qu'une puissante banque ou multinationale européenne achète du jour au lendemain (vu la circulation des capitaux) tout un pan de l'économie de l'île et ne fasse qu'une bouchée de ses ressources naturelles.

Des exagérations se glissèrent dans le flot des craintes qui surgirent dans des fractions variées de la population (les ruraux, des femmes, des personnes de plus de 40 ans ou moins éduquées…). Mais deux risques majeurs, concernant des secteurs sensibles, étaient mis en avant (non sans raison) par les opposants à l'adhésion et étaient l'objet d'un large consensus. Il s'agissait des dangers de la Politique agricole commune (PAC) et de la Politique commune de la pêche (PCP).

Dans le premier cas, des importations de denrées européennes ruineraient une production nationale naturellement peu compétitive. Dans le second, un afflux de navires espagnols, français, etc., viderait les eaux poissonneuses entourant l'île de leurs richesses. Il en résulterait pour ce secteur, générant alors 70 % (50 % maintenant) des exportations de biens, un substantiel manque à gagner, des faillites… Et même si la PCP comporte des dispositifs pour éviter une sorte de loi de la jungle, les Islandais ne faisaient pas confiance à ces garanties qui seraient violées par les grands États. Ce que prouvaient les conflits opposant déjà les Européens entre eux.

La dénonciation de la PAC et de la PCP fut décisive dans le fait que le débat sur l'Europe fut escamoté dès le départ. Les politiques se mirent d'accord pour « ne pas mettre la question à l'ordre du jour ». Il est vrai que les secteurs menacés (agriculture et surtout pêche) figuraient parmi les mieux organisés, disposant de relais dans toutes les formations (le Parti du progrès d’alors et l'extrême gauche leur étant très favorables). Mais aussi, l'urbanisation est un phénomène récent et les habitants des villes et gros villages se sentaient proches du monde rural, et se montraient réceptifs à ses intérêts : nombreux étaient les Islandais à s'identifier à un paysan ou à un pêcheur.

Dans les attitudes vis-à-vis de l’Europe, les motivations d’ordre affectif interdisaient tout débat approfondi et l’emportaient sur des arguments de nature plus rationnelle. Ceux-ci auraient justifié une adhésion (sous conditions évidemment) par l’évolution du contexte international, la nécessité de quelques abandons de souveraineté pour répondre à des défis, comme la protection de l’environnement, les problèmes monétaires, la lutte contre la drogue, le terrorisme et la criminalité organisée, la sécurité, etc. Des esprits hardis suggéraient même que la coopération à l’échelle de l’Europe fournirait le cadre idéal (entre le cadre national, trop étroit, et le niveau mondial, souvent inefficace) pour s’attaquer à ces défis. Mais leurs voix n’étaient pas entendues tant l’appartenance à l'Union européenne semblait présenter de risques réels (pêche, agriculture notamment) ou supposés.

Il faut dire aussi que l’attitude de Bruxelles ne facilitait pas la tâche des éventuels défenseurs d’un point de vue « raisonné ». D’ailleurs, les autres Nordiques qui, au début des années quatre-vingt-dix, négociaient leur admission, se heurtaient à de fortes difficultés pour compenser les dommages causés à leurs agricultures et pêcheries par les Politiques communes.

De fait, dans les contacts officieux entre responsables islandais et européens, si le problème des pêcheries était évoqué, deux discours contraires s’opposaient. Celui de Reykjavík expliquant le caractère vital du secteur et l’impossibilité de le soumettre à la PCP entraînait une réaction ferme de Bruxelles, aiguillonnée par quelques États, qui excluait toute dérogation en faveur de l’Islande. On lui rappelait que les principes de la PCP ne pouvaient être remis en cause, d’autant que leur acceptation avait une contrepartie pour l’adhérent : l’accès libre pour ses exportations de produits de la mer vers l’Union.

Des esprits lucides et à l’écart du débat se demandaient si, à Bruxelles, on n’avait pas le secret désir d’éviter une négociation dure avec un pays de quelque 300 000 habitants « qui n’en valait pas la peine ». Ses exigences paraissaient (sur le plan des principes et en raison du « précédent » créé par des concessions) quasi impossibles à satisfaire. Alors que l’intérêt de l'Union européenne de s’ouvrir à ce micro-État n’était conforté par aucun argument majeur, ni soutenu par aucun groupe de pression.


La participation à l'Union européenne : possibilité à moyen terme ou hypothèse déraisonnable ?

Depuis quelques années, le problème européen n’est plus perçu en Islande comme « tabou ». Des voix se font entendre pour qu’on examine en profondeur avantages et inconvénients d’une adhésion, et, sous l’impulsion d’un ministre des Affaires étrangères (de1995 à 2004), le centriste Halldor Asgrimsson (alors chef du Parti du Progrès), des études sérieuses ont été entreprises sur ce thème (dont un rapport de plus de 300 pages remis aux parlementaires au printemps 2000).Mieux, depuis 2005, les sociaux-démocrates de l’ « Alliance » opposition de centre-gauche) se déclarent, sous certaines conditions, favorables à l’adhésion (les Sociaux-Démocrates). Il en est enfin qui se prononcent, le champ d’application de l’EEE paraissant trop étroit, en faveur d’accords avec l'Union européenne portant sur tel ou tel domaine de coopération (solution « suisse »). Un accord de ce genre a, d’ailleurs, été trouvé, il y a quelques années, lorsque les Islandais (et la Norvège) ont voulu continuer à bénéficier des dispositions de l’« espace Schengen » (suppression des contrôles de passeports aux frontières pour les membres de l’espace). Celles-ci, jusqu’en 1997, bénéficiaient à nombre de pays de l’Europe de l’Ouest (dont l’Islande), qu’ils soient ou non membres de l'Union européenne. Mais elles ont été incorporées en 1999 par l'Union européenne dans les textes la régissant. Finalement, après de dures négociations, Reykjavík et Oslo restent membres de l’Espace sans faire partie de l’Union et sans se plier aux décisions de la Commission et de la Cour de justice européenne sur ces matières.

Entre 1999 et 2004, le Gouvernement islandais est, globalement, resté prudent sur l’ensemble de ces questions. Le Premier ministre, David Oddsson, chef d’un Parti conservateur (une grande variété de catégories sociales et de groupes d’intérêt : 33,7 % des voix aux élections législatives de 2003) divisé sur le sujet, se montrait lui-même réservé face à l'Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères, Halldor Asgrimsson (chef du parti -centriste- du Progrès) a semblé plus ouvert, ainsi que la majorité de son parti, mais, prudence diplomatique oblige, s’est borné en pratique à déclarer qu’il ne voulait exclure a priori aucune option, se donnant pour tâche préalable d’informer ceux auxquels appartiendra la décision : la nation (il y aura un référendum en cas de négociation), et la classe politique.

Le changement de Gouvernement du 15 septembre 2004, David permutant avec Halldor dans leurs fonctions respectives, n’a pas eu de conséquences opérationnelles sur les relations Union européenne-Islande. Les deux intéressés ont affiché quelquefois des divergences, au moins sur la tactique à suivre dans le domaine européen. Mais les problèmes de fond à résoudre restent les mêmes, quels que soient les hommes au pouvoir, particulièrement les grosses difficultés. De plus Halldor a été amené à démissionner en juin 2006 pour des raisons de politique intérieure.

L’arrivée en juin 2006 d’un nouveau chef du gouvernement, conservateur et prudent, Geir Haarde, assisté aux Affaires étrangères d’une ministre PP, Valgerdur Sverrisdottir -europhile mais circonspecte- s’est traduite par la décision de « geler » la question européenne, donc de s’en tenir au statu-quo, jusqu’aux élections législatives du 12 mai 2007. La question sera éventuellement réexaminée après les élections, au vu des résultats. Mais on sait qu’elle n’interviendra pas ou guère dans la campagne électorale, ne passionnant pas la population.

L’opposition est partagée sur la question : la « Gauche-verte » (8,8 % de voix en 2003, plus de 22 % dans les sondages actuels), rassemblement d’anciens communistes, de pacifistes et d’écologistes, ne veut pas d’une adhésion ne profitant qu’aux « possédants ». En revanche, la gauche modérée de l’« Alliance » (31 % des voix en 2003; moins de 20 % dans les sondages d’avril 2007) est favorable à une adhésion, si l'Union européenne fait des concessions sur les pêcheries.
Les autres partis (Libéraux, etc.) sont de taille modeste et ne semblent guère favorables à un resserrement des liens avec l’UE, à l’exception des Verts de Omar Ragnarsson, formation créée en mars 2007.

À voir après les élections de mai 2007.

Les motifs d’un réexamen

Tout d’abord, se pose la question de l’inadaptation de l’EEE. Parmi les raisons justifiant que le pays réexamine le problème, deux ou trois sont évidentes. D’une part, la réalité que sont l’élargissement de l'Union européenne et l’entrée en 2004-2007 de douze nouveaux membres, ce qui nuira à l’île et accroîtra son « isolement »; d’autre part, l’Espace économique européen, pour beaucoup, ne semble plus à terme la solution idéale comme cadre des relations avec l'Union européenne. Au départ, lorsqu’il fut « pensé » (en 1989), il comportait deux piliers : la CEE à Douze et l’AELE, le second étant un partenaire non négligeable du premier sur le plan commercial. Depuis, l’AELE s’est réduite à quatre membres, dont l’un (la Suisse) a refusé de ratifier l’EEE. Son poids politique et économique a diminué. L’Union européenne accorde, de ce fait mais aussi du fait de son élargissement, un intérêt moindre aux pays « marginaux » que sont l’Islande et la Norvège. Les questions relatives à l’EEE paraissent parfois, aux yeux de ses membres nordiques, traitées, sur le plan technique, avec une certaine désinvolture par les experts bruxellois, ou, au sommet (Conseil des ministres), dans de brèves rencontres sans dynamisme. Pour leurs interlocuteurs européens, les Nordiques formulent des revendications difficiles à résoudre : ne voudraient-ils pas bénéficier des avantages réservés aux membres de l’Union sans en faire partie ?

La question s’est posée avec acuité en 2002-2003 lorsqu’il s’est agi d’actualiser les accords sur l’EEE en fonction de l’élargissement prochain de l'Union européenne. D’âpres négociations entre Bruxelles, Oslo et Reykjavík eurent lieu. Les « Européens » demandèrent aux Nordiques de contribuer de manière substantielle au « Fonds de développement » en faveur des régions défavorisées de l’Union, ce qu’Islandais et Norvégiens avaient accepté, à titre provisoire et pour des sommes modestes, lors de la création de l’EEE. Oslo et Reykjavík, de leur côté, insistèrent pour que l’entrée en franchise des produits de la pêche sur le territoire des nouveaux adhérents (avantage qu’ils détenaient en vertu d’accords conclus naguère avec la plupart des pays de l’Est) leur soit garantie, même après l’entrée de ces États dans l’Union. La recherche d’un compromis (signé à l’automne 2003) nécessita de longues discussions, que l’Islande prit comme une marque de désintérêt de l'Union européenne pour l’EEE. Néanmoins, elle se satisfit du compromis, qui déboucha sur un élargissement de l’EEE, ouvrant de nouveaux horizons. Le même schéma de discussions se profile avec l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie (2007) dans l’UE.

À défaut, évidemment, d’une refonte complète de celle-ci, que Reykjavík estimait plus appropriée et justifiée mais que Bruxelles refuse dans les faits (et sans le dire expressément).


Nombre de malentendus sur l’EEE résident en effet dans le fait que, depuis 1994, l’EEE a peu évolué, alors que l’Union a beaucoup changé, instituant des coopérations multiples (de la politique de sécurité à la monnaie, en passant par la justice, la police, etc.), pouvant intéresser les pays nordiques de l’EEE.


- L’Islande « change »

Le pays a nettement évolué depuis une quinzaine d’années. L’arrivée à des postes de responsabilité (surtout dans le secteur privé) d’une génération plus ouverte aux réalités internationales, la mutation de l’économie avec l’expansion du secteur des services (au détriment de l’agriculture et de la pêche) et l’apparition de nouvelles technologies, l’urbanisation continue, la venue de capitaux, la mise en application de l’EEE, avec le fabuleux travail d’adaptation de la législation islandaise qu’elle a causé : tout cela a contribué à un changement des mentalités, en particulier chez les urbains et les moins de 50 ans. Des réformes structurelles considérables ont par ailleurs réduit le rôle de l’État et du secteur public dans l’économie, en même temps que de grosses privatisations intervenaient. Ce tournant a rapproché le « tissu économique » et le « modèle » islandais de ceux se généralisant dans l’UE, où la plupart des nouveaux adhérents ont procédé également à d’importantes transformations de leurs structures jadis empreintes de collectivisme.

Bien entendu certains problèmes peuvent rendre quasi impossible (si Bruxelles et les États membres ne facilitent pas les choses) une adhésion. Certes les « nouveaux Islandais » ne conçoivent plus la souveraineté nationale de façon aussi stricte que leurs aînés. L’agriculture régresse et la pêche (perdant de son importance dans les échanges) n’a plus la même résonance affective dans la population. Il n’en reste pas moins que tout rapprochement avec l'Union européenne, a fortiori une adhésion, ne se fera pas sans concessions réciproques, sans une forte volonté politique, et une bonne dose d’imagination. Mais en Islande (cela est fondamental), les esprits, sans rien renier de leur attachement aux intérêts nationaux prioritaires, sont de plus en plus tournés vers l’avenir; donc vers des coopérations accrues, qui passent en partie par des abandons de souveraineté.


- Les hypothèses irréalistes

On estimera que, le statu quo n’étant pas satisfaisant, et l’adhésion inconditionnelle à l’Union étant quasi exclue (représentant sur le plan « symbolique » un abandon sans précédent), on s’achemine à plus ou moins long terme vers une formule intermédiaire. Le délai de maturation de la formule dépend de la bonne volonté des parties en cause, et des conclusions que l’Islande tirera des premiers pas de l’Europe à Vingt-cinq.

À moyen terme, deux possibilités semblent donc exclues :
- le maintien du statu quo : l’EEE avait été conçue alors que douze pays appartenaient à l'Union européenne. Or, celle-ci, élargie en 1995, s’est ouverte en 2004-2007 à douze États. Le risque d’isolement des pays non adhérents sera manifeste, d’autant que, s’agissant de l’Islande, Washington a en septembre 2006 retiré ses « forces de défense » assurant la sécurité de l’île et de la zone.

Par ailleurs, les traités de Maastricht et d’Amsterdam ont jeté les bases d’une politique extérieure commune, dont, jusqu’ici, le principal champ d’application est la « gestion de crises ». Pendant que l'Union européenne (bientôt élargie à presque toute l’Europe) évoluait dans le sens d’un réaménagement de ses politiques et de ses structures, l’EEE (à quelques nuances près) demeurait tel que créé. Les Islandais voient ainsi leurs relations avec l'Union européenne relativement privilégiées dans le champ économique et celui des politiques d’accompagnement mais vraiment dépourvues de substance (au moins au niveau des textes) dans les domaines de la politique extérieure, de la sécurité, de la monnaie et divers autres. En outre, certains forums où se rencontraient Européens de l’Ouest, membres ou non de l'Union européenne, n’existent plus ou ont été insérés dans l’Union. Tel est le cas de l'Union de l’Europe occidentale : il y a là un hiatus à combler. L’Islande, parce qu’elle n’adhère pas à l'Union européenne (mais appartient à l’OTAN), n’entend pas être absente des instances où l’on traite, entre Européens, de la défense et de la sécurité de l’Europe. Dans l’immédiat, nombre de responsables estimaient qu’il fallait réviser l’EEE, et veiller à ce que ceux de ses membres qui ne sont pas dans l’Union aient une influence accrue dans le domaine de la prise des décisions. Cette demande d’actualisation ne rencontra pas d’écho du côté de Bruxelles;

– l’adhésion pure et simple à l’Union : si beaucoup ont cessé de considérer l’adhésion comme la catastrophe décrite en 1990, la plupart des Islandais estiment que les contraintes pesant sur leur agriculture et l’importance de la pêche justifient qu’un traité d’adhésion acceptable par la nation (procédure du référendum) comporte des clauses particulières pour ces secteurs. Pour l’agriculture, d’ailleurs, Suède et Finlande ont obtenu un régime de l’« agriculture arctique » (aides spéciales, à l’élevage notamment). Des garanties avaient été prévues pour les pêcheurs norvégiens, et, jugées insuffisantes par la population, ont été l’une des causes du non au référendum de 1994. Les études préliminaires faites à Reykjavík (avalisées par le ministère des Affaires étrangères) montrent que, si certaines productions agricoles ne posent pas de gros problèmes (la PAC est relativement généreuse pour l’élevage bovin et ovin), d’autres tels l’élevage porcin et la volaille risquent gros. Il y a matière à une négociation délicate, si on veut léser le moins d’agriculteurs possible, c’est-à-dire assurer à la profession son niveau de vie actuel, et en même temps appliquer les règles du marché unique. Enfin, on a vu que la pêche posait des difficultés sui generis et que volonté politique et imagination seraient nécessaires de part et d’autre pour arriver à une solution équitable acceptable par Bruxelles et par Reykjavík.


- Un compromis est-il du domaine du rêve ?

On peut imaginer les avantages et inconvénients qui résulteraient, pour l’Islande, d’une négociation où les parties feraient preuve de bonne volonté, abandonnant certaines de leurs exigences.

En premier lieu, on peut citer ce qui ne changerait pas ou peu : la formule de l’EEE prévoit la liberté de circulation des biens autres que les denrées agricoles et quelques produits de la pêche, pour lesquels subsistent des droits. Ces rares obstacles disparaîtraient (avec de possibles « périodes transitoires »). En matière de circulation des personnes, déjà effective, l’adhésion apporterait peu d’avantages, sauf que les Islandais en Europe et les Européens en Islande pourraient voter aux scrutins locaux. L’EEE a jeté les bases d’une libération quasi totale des flux de capitaux, mais prohibe les investissements européens en Islande dans les pêcheries et l’énergie. Cette limitation devrait cesser. En outre, l’EEE a prévu des coopérations dans le cas des « politiques d’accompagnement ». Cela a abouti à des résultats tangibles dans divers domaines : le droit du travail et des sociétés, la protection des consommateurs, la défense de l’environnement. L’adhésion créerait peu de changements, seulement une harmonisation accrue des règlements et pratiques (par exemple pour la chasse, la protection des espèces animales). En matière de recherche et de coopération culturelle et technique, où la situation est bonne, quelques programmes supplémentaires seraient ouverts. Enfin, la coopération judiciaire et policière serait renforcée, surtout en ce qui concerne la lutte contre le crime organisé.

En outre se posent des problèmes délicats, dont deux principaux :

– s’agissant de l’agriculture (surtout l’élevage), les règles qui gouvernent la PAC et les actions (via les Fonds ad hoc) en faveur des régions rurales permettraient sans doute de recevoir quelque cinq milliards de couronnes d’aide européenne. Mais cette somme ne suffirait peut-être pas à compenser les pertes subies par certains producteurs et l’ouverture des frontières aux produits de l’Union. De délicates négociations sont prévisibles, d’autant que les règles de la PAC peuvent évoluer en conséquence d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales. En tout état de cause, un pays riche comme l’île ne pourra disposer que d’aides européennes limitées;

– la question de la pêche n’est pas insoluble. Une application plus large du principe de subsidiarité par l’Union, ainsi que la situation géographique excentrée de l’Islande, justifieraient (selon Reykjavík) que des règles spéciales s’appliquent. Par ailleurs, en application de la jurisprudence suivie en matière de Politique commune, les Islandais devraient conserver leurs droits sur les stocks de poisson « locaux »; des difficultés existeraient en revanche pour les espèces « migrantes » (hareng islando-norvégien, capelan, crevette du cap Flemish, etc.). L’argument bruxellois selon lequel l'Union européenne n’a pas à accorder de dérogations pour ses politiques communes sera appuyé par certains pays membres qui, au mieux, accepteraient que l’on monnaye ces concessions contre des avantages dans d’autres secteurs : telle pourrait être l’attitude des États où la pêche est importante.

Enfin, des coopérations nouvelles seraient rendues possibles. L’adhésion permettrait en effet la participation de l’île à la politique commerciale vis-à-vis des tiers (avec des risques si des tensions éclatent entre Union européenne et États-Unis). Et surtout à la politique étrangère et de sécurité commune : ainsi elle accroîtrait (de manière limitée, il est vrai, tant que cette politique commune se limite à la « gestion de crises ») sa sécurité sans compromettre le lien transatlantique constitué par l’OTAN. Dans ce domaine, comme dans les autres, la participation à la prise de décision serait complète.


- Le coût de l’adhésion

On a beaucoup discuté du coût financier représenté par l’adhésion. Selon le rapport présenté à l’Althing en 2000 par le ministre des Affaires étrangères, Halldor Asgrimsson, la contribution brute au budget de l'Union européenne serait d’environ 8 milliards de dollars (mais le Premier ministre a parlé ensuite de 20 milliards). Les fonds reçus de l'Union européenne sous forme de soutien sont difficiles à évaluer, et dépendraient en partie de la négociation, en partie aussi des efforts propres consentis par Reykjavík en faveur de son agriculture et de ses régions moins favorisées. De grandes incertitudes existent enfin quant aux conséquences financières définitives de l’élargissement à Vingt-cinq.

Le « Comité parlementaire sur l’Europe » a récemment chiffré approximativement les contributions brute et nette d’une éventuelle adhésion islandaise à l’UE : voir le numéro de Mars 2007 du Bulletin mensuel politique et économique de J. Mer, téléchargeable sur : www. iceland.org/fr)

De fait, on a tout lieu de penser que l’Islande recevrait en retour moins que ce qu’elle donnerait (elle serait alors « contributeur net »). Mais n’est-ce pas le prix à payer comme « prime d’assurance » pour plus de sécurité et pour le développement des échanges de toute nature en Europe ?


Fiche rédigée par Jacques Mer


Dans BiblioMonde

Portrait de l'Islande

Actualité

L'Islande a annoncé le 12 mars 2015, avoir retiré sa candidature à l'Union européenne (UE), deux ans après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique de centre droit, qui promettait de mettre un terme au processus lancé en 2009.

Pourtant, quelque 63 % de la population islandaise est opposée au retrait de la candidature du pays à l'Union européenne, selon un sondage publié le 20 mars dans le quotidien Frettabladid.

 
© BiblioMonde.com