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Samir Kassir

Journaliste, historien et homme de gauche libanais (1960-2005)

Éditorialiste du grand quotidien An Nahar (« Le Jour » en arabe), Samir Kassir est mort le 2 juin 2005, dans l'explosion de sa voiture, garée devant son domicile dans le quartier chrétien d'Achrafieh, à l'est de Beyrouth. Ses positions antisyriennes lui ont coûté la vie.

Samir Kassir avait fait des études d'histoire et de philosophie à Paris à la Sorbonne jusqu'à son doctorat d'histoire moderne (1990) et il enseignait les sciences politiques à l’université Saint Joseph. Il a été éditorialiste à An Nahar de 1995 à 2005. Samir Kassir était aussi le correspondant de la chaîne francophone internationale TV5 et avait créé et animé l’édition arabe du mensuel français Le Monde diplomatique à Beyrouth.

« Le journaliste, célèbre pour ses positions antisyriennes et ses dénonciations du "régime libanais policier", était persécuté et menacé depuis des années. En 2000, il avait été pris à partie par des agents de la Sûreté générale libanaise. Son passeport libanais avait été saisi. Samir Kassir avait ensuite expliqué qu'il était constamment suivi par les services de renseignements libano-syriens. L'ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri, l'avait alors pris sous sa protection. Son dernier éditorial, publié le 27 mai 2005 et intitulé Gaffe après gaffe, stigmatisait "la poursuite de la répression en Syrie".

Il était l'un des membres fondateurs du Mouvement de la Gauche démocratique (opposition) et avait largement participé aux mouvements de protestation anti-syriens du printemps 2005. »Extrait d’un communiqué de RSF, 21 juillet 2005)

De nationalité franco-libanaise, Samir Kassir avait aussi des origines palestiniennes. Avec Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey, il fut de l’équipe de la Revue d’études palestiniennes, la cause de la Palestine restant toujours présente dans ses pensées.

Sa veuve, la journaliste Gisèle Khoury, s'active pour faire éclater la vérité sur l'identité des asssassins de son mari. Un juge libanais et deux juges français, dont Jean-Louis Bruguière, sont saisis de l'enquête. Gisèle Khoury travaille pour le journal Al-Arabiya et vit actuellement aux États-Unis.

En 2006 a été créé le prix Samir Kassir, destiné à perpétuer l’engagement du journaliste et écrivain en faveur de l’État de droit. Il récompense des journalistes et universitaires qui, par leur travail, ont contribué à soutenir l’État de droit et la liberté de la presse.

« Il y a dix ans, le 2 juin 2005, Samir Kassir quittait son appartement dans le quartier d'Achrafieh, dans la partie orientale de Beyrouth. Au moment où il s'installait au volant de sa voiture et mettait le contact, une bombe installée sous son siège explosait, déchiquetant l'un des esprits les plus brillants et les plus libres du Liban, un journaliste, essayiste, intellectuel et homme politique sans égal, âgé de seulement 45  ans. Les auteurs de l'attentat, non revendiqué, n'ont toujours pas été jugés, mais peu de doute demeure sur les commanditaires : cet assassinat, qui faisait suite à celui de l'ex-premier ministre Rafic Hariri, intervenait en plein " printemps de Beyrouth ".
Samir Kassir, qui plaidait depuis longtemps pour la fin de la tutelle syrienne sur le Liban, s'était rapproché du milliardaire sunnite à partir de 2002 après avoir beaucoup critiqué son affairisme et sa soumission aux Syriens dans les années 1990. Après la mort d'Hariri, Samir Kassir avait été l'un des animateurs les plus fervents des manifestations monstres demandant la vérité sur ce crime politique – attribué au pouvoir syrien et à ses alliés libanais – et le départ immédiat des 20 000 soldats syriens postés dans le pays du Cèdre. Contraint de se retirer, le régime d'Assad a voulu faire payer ceux qui avaient osé s'élever contre la férule qu'il exerçait au Liban. A commencer par Samir Kassir, d'origine syrienne par sa mère, qui ne ratait jamais une occasion de lancer sa boutade favorite : " Je milite pour le retrait de l'armée syrienne du Liban… et de Syrie. " Très tôt, il avait mesuré, à la lecture de Michel Seurat, la capacité de destruction du régime syrien et il savait que le Liban ne serait jamais souverain sans une Syrie démocratique. » (extrait d'un article de Christophe Ayad, Le Monde)


Parmi ses publications

Itinéraires de Paris à Jérusalem  (Revue d’études palestiniennes, 1992), avec Farouk Mardam-Bey : une histoire des relations franco-arabes

La Guerre du Liban (Cermoc, Beyrouth, 1994)

Histoire de Beyrouth (Fayard, 2003)

Considérations sur le malheur arabe (Sinbad-Actes Sud, 2004


Sur la Toile

Un site consacré à Salir Kassir


- Considérations sur le malheur arabe
- Histoire de Beyrouth
- Liban : un printemps inachevé
- Guerre du Liban (La)

 
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