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Mohammed Harbi



Historien, spécialiste de la guerre d'indépendance de l'Algérie

Né en 1933 à El Arrouch (Algérie), dans une grande famille de notables, Mohammed Harbi adhére au Parti du peuple algérien de Messali Hadj en 1948. À partir de 1953, il fait des études d'histoire à la Sorbonne. Alors qu'il est étudiant, il intégre l'UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens), puis très rapidement le comité fédéral de la fédération de France du FLN.

En 1956, il entre dans la clandestinité. En 1957, Mohammed Harbi est chargé de l'information à la tête de la fédération de France du FLN. En, 1958, il quitte la France pour rejoindre le gouvernement provisoire de la République algérienne basé au Caire. Après avoir dirigé le cabinet civil du ministre des Forces armées du FLN, Krim Belkacem, il se voit confier par celui-ci devenu ministre des Affaires étrangères, les relations avec les pays de l'Est. En désaccord avec le FLN sur plusieurs points, Mohammed Harbi quitte ses responsabilités à l'information. Il est envoyé comme ambassadeur en Guinée. En 1961, il participe aux premières négociations d'Évian et à partir de 1962, devient l'un des conseillers du président Ben Bella. En 1965, à la suite du coup d'État de Boumédiène, il est arrêté le 9 août pour s'être opposé au nouveau gouvernement, puis est incarcéré pendant 6 ans sans jamais être jugé. En 1971, Mohammed Harbi est placé en résidence surveillée à Skikda. En 1973, il s'évade et rejoint la France. (source : Le Monde)

« Il est l'un des seuls à dénoncer la pratique de la torture, dans un éditorial de Révolution africaine, revue du FLN qu'il dirige pendant quelques mois, au début des années 1960. Dès le congrès d'avril 1964, il a compris que "tout espoir de réformer le FLN était devenu vain"  : la victoire de la "bureaucratie militaire" est en marche.

"Au lendemain de son arrestation, les amis se comptaient sur les doigts de la main. Il n'y a que son frère Nourredine qui venait me voir tous les jours", se rappelle Djenett Harbi qui partagea, tête haute, l'épreuve des cinq années de captivité, puis des trois années de résidence surveillée, imposée à son époux, avant que sonne l'heure de l'évasion vers la France, en 1973.

"Essentiellement, ce que j'admire chez Mohammed Harbi, écrit, en 1997, l'islamologue Maxime Rodinson, lors de la remise du prix de l'Union rationaliste à l'historien algérien, c'est une jonction, hélas trop rare. D'une part, il n'a jamais renié son engagement militant (...). Et, en même temps, il n'a jamais sacrifié à cette option fondamentale ses capacités d'analyse critique (...)." Exercice périlleux, qui vaut à l'exilé d'être, notamment, privé pendant dix-sept ans de son passeport algérien (il n'en a pas d'autre). En 1994, il est directement – et anonymement – menacé de mort.

Aujourd'hui, cela semble banal de parler des guerres intestines au sein du pouvoir. Mais jusqu'en 1975, quand Harbi a publié Aux origines du FLN, personne n'avait osé briser le tabou sur l'histoire de la révolution algérienne. C'était énorme !, commente l'anthropologue Gilbert Granguillaume. Ceux qui, en France, s'intéressaient à l'Algérie, la voyaient comme un pays presque laïc. Harbi, le premier, a fait comprendre qu'il existait une autre Algérie – rurale, conservatrice, profondément musulmane. C'est cette société communautaire, patriarcale, éventuellement xénophobe, qu'il appelle la société plébéienne. Alors que la plupart des auteurs algériens demeuraient dans le mimétisme et écrivaient pour les Français, Harbi a cassé le miroir." Adversaire politique déclaré de l'islamisme, il appelle à le combattre par des voies démocratiques, tout en constatant, dès avril 1992, dans une interview à l'hebdomadaire Algérie-Actualité, que l'"annexion de la religion par l'État" fait son œuvre, ouvrant un boulevard aux revendications intégristes. » (extraits d'un article de Catherine Simon, Le Monde, 12 octobre 2002)

En France il devient d'abord chargé de cours en sociologie à l'Université Paris-V et Paris-VII, puis professeur d'histoire à l'université Paris-VII. Mohammed Harbi a consacré de nombreux ouvrages à l'histoire du FLN dont : Aux origines du FLN, le populisme révolutionnaire en Algérie (Christian Bourgois, 1975) et FLN, mirage et réalité (Jeune Afrique, 1980).


- La guerre d'Algérie
- 1954, la guerre commence en Algérie
- Le FLN : documents et histoire, 1954-1962
- Une vie debout - Mémoires politiques 1945-1962

 
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