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Leyla Zana

La première femme kurde élue députée au Parlement turc, torturée et emprisonnée, elle est le symbole de courage civique, militante pour la reconnaissance de l'identité kurde, et pour la démocratisation de la Turquie.

La photo ci-contre a été prise en prison.

Née en 1961 dans une famille pauvre et traditionnelle d'un petit village kurde (Silvan), elle s'est mariée à 16 ans avec son cousin. Elle est mère de deux enfants, Ronay (né en 1977) et Ruken (né en 1983). Son mari, Mehdi Zana, élu en 1977 maire de Diyarbakir, fut torturé et emprisonné par le régime militaire entre 1980 et 1991. Leyla Zana fut elle aussi arrétée et torturée en 1988 pour son action en faveur des droits de l'homme.

« Leyla Zana fut la première femme kurde à avoir été élue au parlement turc (1991). Le jour de son assermentation en tant que députée, elle a prononcé une déclaration en langue kurde et elle portait un bandeau rouge, jaune et vert, les couleurs traditionnelles kurdes. Ceci a provoqué l'indignation des parlementaires turcs, qui ont aussitôt engagé des procédures judiciaires contre cette " séparatiste ". Elle a été condamnée en 1994 à une peine de 15 ans de prison pour avoir, prétendument, fait partie d'une organisation armée illégale, alors qu'elle militait pacifiquement en faveur des droits humains et de la paix entre Kurdes et Turcs. L'année de son incarcération, Leyla Zana a écrit : " J'ai fait un appel à la paix et au dialogue. Mon crime a été d'utiliser une phrase en langue kurde pour promouvoir l'amitié entre Kurdes et Turcs durant mon assermentation au parlement. Même la couleur de mes vêtements font de moi une supposée séparatiste. " » (amnistie.qc.ca)

« L’affaire débute il y a une dizaine d’années. Les quatre élus à l’Assemblée nationale du Parti de la démocratie (DEP) sont, dès 1991, dans le collimateur du procureur de la République, qui les accuse d’être des militants actifs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK/interdit). À plusieurs reprises, il demande la levée de leur immunité parlementaire et finit par l’obtenir en mars 1994. Incarcérés, les militants découvrent l’acte d’accusation en juillet : ils sont inculpés de "trahison contre l’intégrité de l’État", crime passible de la peine de mort.
L’affaire soulève, à cette époque, un important écho. Leyla Zana, figure emblématique du quatuor, reçoit même le prix Sakharov du Parlement européen et est nominée pour le Nobel de la paix. Rien n’y fait. Au terme d’un procès éclair, les quatre ex-députés sont condamnés, le 8 décembre 1994, à 15 ans de prison, non plus pour "trahison", mais pour appartenance à une organisation armée séparatiste.

La suite du combat sera, dès lors, placée dans l’arène judiciaire, avec le dépôt de deux plaintes auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Et une première victoire en 1999, lorsque Mme Zana et cinq de ses camarades obtiennent la condamnation de la Turquie à Strasbourg pour durée excessive de leur garde-à-vue (12 à 14 jours) en 1994, sans qu’aucun contrôle de l’autorité judiciaire ne soit avéré.
Plus fondamentale, la seconde plainte, déposée par les quatre ex-députés en 1996, contestait la condamnation de décembre 1994. Elle s’appuyait sur trois griefs principaux : la légitimité du tribunal, les violations de procédure et la nature politique de la condamnation. A raison, ont décrété les juges européens. Car, s’ils n’ont pas jugé "nécessaire" de se prononcer sur la dernière accusation, leur arrêt publié le 17 juillet valide entièrement les deux autres dénonciations.
Outre les nombreuses entraves subies par les accusés et leurs défenseurs durant la procédure, la CEDH épingle notamment la Cour de sûreté d’Ankara qui, en 1994, "n’était pas un tribunal indépendant et impartial". Les juges européens critiquent notamment la présence d’un magistrat militaire, dans une affaire ne relevant en rien de sa juridiction1. » (extrait d'un article de Benito Perez, Le Courrier 21 juillet 2001)

Prix Sakharov 1995, elle ne put se rendre a Strasbourg pour y recevoir le prix décerné par le Parlement européen.

En juin 2004, elle a été libérée par une cour d'appel, en même temps que Hatip Dicle, Orhan Dogan et Selim Sadak anciens députés du Parti prokurde de la démocratie (DEP dissous en 1994) qui ont comme elle passé dix ans en prison. Tous les quatre attendent la révision de leur procès en décembre 2004.


- Écrits de prison

 
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