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Jean-Loup Passek

Critique de cinéma (1936-2016)

« Les militants du cinéma avaient hier Henri Langlois. Nous avons aujourd'hui Jean-Loup Passek, l'autre montreur de films, qui depuis vingt-cinq ans, en montrant les images du monde entier, a formé consciemment ou non, des générations entières d'amateurs de cinéma. Il les a ouverts au monde en créant un rapport original entre le spectateur et le créateur. Passek a créé un nouveau pont entre l'oeuvre et le spectateur. Langlois avait posé les jalons d'un nouveau rapport au cinéma, Passek a continué l'aventure en créant les conditions favorables à un nouveau rapport au monde, via les cinématographies étrangères.

Il dépasse donc le cadre de la simple cinéphilie, celle qui se mesure par exemple à la fréquentation de la Cinémathèque Française, en proposant une approche du cinéma plus singulière, par l’organisation de grandes rétrospectives par pays au Centre Pompidou. À travers le cinéma, se voit l'histoire de la société du pays qui a produit l’œuvre, du réalisateur qui l'a créée.
Avec la création du festival de La Rochelle en 1972, puis la création de la cellule cinéma du Centre Georges Pompidou en 1978, il a été fidèle à deux principes primordiaux : "avoir la curiosité à la boutonnière" et garder la mémoire du cinéma. Celle que l'on se plaît aujourd'hui à dilapider ou à effacer. » (extrait d’un article de Bernard Payen, Objectif cinéma, juin 1999)

« Les débuts sont ceux d'un jeune honnête homme : arrivée à Paris, humanités au lycée Henri-IV, études à la Sorbonne, une licence d'histoire-géographie puis, en cette fin de décennie numéro cinquante du siècle vingt, l'agrégation se profile, étape logique d'un parcours solidement balisé. Le grand matin de l'épreuve, sa chaise est restée vide et sa copie blanche. "Je suis allé voir Citizen Kane".
Ce qui peut se lire comme un parcours, aujourd'hui, en ces temps de formation, prend l'allure de ruptures successives. À peine quelques mots, pour évoquer "vingt-quatre mois en Algérie". "Durant les années noires de la Casbah". La vie civile reprend ses droits, Larousse lui offre un poste de rédacteur d'encyclopédie. On lui doit les entrées "christianisme" et "islam" du Grand dictionnaire maison. Surtout, le département des spectacles l'amène à écrire sur le théâtre, les comédiens, la musique hors le classique, le jazz, les chansons et le cinéma. Mizoguchi trouve sa place, pour celles de Kubrick et Kurosawa, "on avait un problème à 'KU', il a fallu enlever un roi nègre". Encore la passion des noms, typologie du voyageur immobile cher à Pessoa et sésames auxquels il attache plus d'importance qu'aux dates. Ainsi le Studio Parnasse, dans le Quartier latin, s'il lui procure dix années d'entrées gratuites grâce aux jeux organisés lors des séances, l'important est ailleurs. "Elles étaient suivies de débats, on ratait toujours le dernier métro et on rentrait à pied." "On", en plein essor de la nouvelle vague, s'appelle "Jean-Claude Guiguet, Paul Vecchiali et un ami que je veux absolument citer, Jean-Louis Cheray", l'animateur de ces 'mardis du Studio Parnasse' qui valurent toutes les universités du monde pour former maints critiques et cinéastes.

Le film pourrait passer en vitesse accélérée avec quelques arrêts sur image. Jean-Louis Bory lui demande de le remplacer, un beau jour de 1970, pour acheminer quelques bobines au festival de Royan; Michel Crépeau, deux ans plus tard, rêvant d'un "Avignon-sur-Mer" à La Rochelle, le sollicite pour animer le versant cinématographique des Rencontres internationales d'art contemporain. "Le cinéma était la cinquième roue du carrosse, comme dans toutes ces manifestations pluridisciplinaires, une position qui ne me déplaisait pas." Jean Milier, président du Centre Georges-Pompidou, en 1978, lui demande 'en une nuit d'écrire quelle politique je souhaiterais mener' en matière de septième art. Je n'ai jamais compris pourquoi moi, je ne connaissais personne' dans le Landerneau culturel parisien. Jean Maheu, en 1984, lui confie la salle Garance. On arrive ainsi au Passek que l'on connaît aujourd'hui : les "RIAC" disparaissent mais le vieux port rochelais accueille le festival international du Film. La "raffinerie" du plateau Beaubourg ferme pour travaux mais l'activité cinéma, cycles et publications étroitement mêlés, a permis un monde des imaginaires animés, "à deux exceptions près : la Grande-Bretagne et l'Allemagne après 1933". Le Festival de Cannes continue et la caméra d'or aussi. Et puis, en 1985, la publication de ce Dictionnaire du cinéma réalisé en dépit du scepticisme des responsables de Larousse qu'il peut quitter après vingt ans sur un succès critique et populaire. On peut ajouter pour faire bonne mesure le journalisme à Combat, Jeune Cinéma, le Quotidien de Paris, les Nouvelles littéraires, et à la radio Ici et maintenant (avec Gérard Lemaire). » (extrait d’un article de Michel Guilloux, L'Humanité, 30 Août 1997)

Il a fondé le Musée du cinéma de Melgaço (petite localité de l'extrême nord du Portugal) à qui il a légué sa collection d'affiche de cinéma et d'appareils de prises de vue.


- Cinéma tchèque et slovaque
- Cinéma yougoslave

 
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