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Jacques Kerchache

Collectionneur (1942-2001), grand amateur des arts dit « premiers »

Né en 1942, Jacques Kerchache était le conseiller scientifique de l'établissement publique du musée du quai de Branly, et l'auteur de la sélection d'œuvres présentée au pavillon des Sessions du palais du Louvre. Spécialiste des arts d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, et des Amériques, il a participé à diverses expositions importantes à travers le monde, en tant que commissaire ou consultant. Il a notamment organisé Sculpture Africaine en hommage à André Malraux à la villa Médicis en 1986, L'Art des sculpteurs taïno au Petit Palais en 1994 et Picasso/Afrique : État d'esprit au Centre Georges Pompidou en 1995. Il fut par ailleurs expert et consultant lors de l'exposition du Museum of Modern Art de New York, Le Primitivisme dans l'art du XXe siècle en 1984, ainsi qu'à Londres, lors de l'exposition Afrique, l'art d'un continent en 1995. Il est mort à Cancun (Mexique) en août 2001.

« Jacques Kerchache possédait à la fois la passion de l’œuvre et le bonheur de la communiquer. Son mentor était Max-Pol Fouchet et ses pairs les surréalistes. Très jeune, il avait rencontré André Breton et de leurs conversations interminables était née cette complicité de collectionneurs pour qui l’objet est créateur de mondes. Il affectionnait l’idée selon laquelle l’œuvre d’art était avant tout un corps, une matière qu’il caressait de la main et de l’œil, douée aussi d’une puissance magique, d’une âme de bois qui vivait et vibrait. Mais dans cette exacerbation du sensible, il savait également donner la mesure du connaisseur. Amateur-connaisseur : deux termes qui faisaient sens, au sens fort, et dont il se réclamait. La sculpture mondiale n’avait aucun secret pour lui. Il avait arpenté suffisamment de terres et de musées pour en être convaincu, d’autant plus qu’il avait un don, autre que celui du regard, certes complémentaire, celui de la mémoire. Les chefs-d’œuvre n’échappaient pas à sa perspicacité, à sa lucidité et il alimentait dans son souvenir, la longue liste, "inventaire critique", comme il se plaisait à dire, de ses références indispensables qu’il souhaitait faire partager au plus grand nombre. "Il faut faciliter le chemin jusqu’à l’œuvre, expliquait-il, le chemin de la découverte, afin d’enrichir le vocabulaire de signes de chacun". » (extrait d'un texte de Marine Degli, 2001)

« Jacques Chirac était sous l'influence de Jacques Kerchache, un amateur d'art qui a beaucoup spéculé sur les arts dits primitifs et qui a gagné beaucoup d'argent. Kerchache est devenu son ami et son conseiller dans ce domaine. On a proposé au musée de l'Homme des plans de restructuration et de modernisation. Les médiocres directeurs du musée de l'Homme n'ont pas été fichus de mettre un bon projet sur pied, d'où l'abandon. Puis a été mis sur la table le musée du quai Branly derrière quoi se profile le désir de Jacques Chirac de mettre son nom sur une grande institution (…). Le musée du quai Branly, on n'ose toujours pas l'appeler le musée des arts premiers. On s'est aperçu que dire arts premiers, c'est une façon de parler d'art primitif, concepts stupides quand ils sont mis brutalement sur la table. On a donc renoncé à ce nom. C'est donc le musée du quai Branly. Il n'est pas encore sorti de terre et on ferme le musée de l'Homme, alors que l'ensemble de ses galeries d'Afrique est la seule institution qui donne une idée globale des différentes tendances de l'art africain. (…) Le quai Branly a une vision esthétique des choses qui n'est rien d'autre qu'une vision néo-colonialiste, laquelle consiste à nier dans les arts d'autres systèmes de pensée que les nôtres. Il y a là une façon littéralement sauvage de s'approprier des trésors culturels. » (extrait d'un entretien avec Gilbert Rouget, l'Humanité, 3 mars 2003)

Dans BiblioMonde

Le scandale des arts premiers


- Art des sculpteurs taïnos (L')
- Sculptures : Afrique, Asie, Océanie et Amériques
- Art africain (L')

 
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