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Ismaïl Kadaré

L'écrivain albanais le plus connu

Né en 1936, à Gjiroskastër, dans le sud de l'Albanie, Ismaïl Kadaré parachève à Moscou, à l'institut Gorki, des études commencées à la faculté de lettres de Tirana en 1956. De retour en Albanie, en 1960, il se lance dans le journalisme et publie de la poésie. Son premier roman, Le Général de l'armée morte, paraît en 1964. Devenu écrivain à plein temps, Kadaré dirige parallèlement la revue littéraire Les Lettres albanaises (publiée simultanément en français). Après deux ans de relégation à la campagne, il obtient de se rendre en Finlande (1962), en Chine (1967) et en France, pour la première fois, en 1970.

Ismaïl Kadaré est désigné député, sans l'avoir demandé. En 1972, il doit adhérer au parti, mais un roman provoque sa disgrace. Il est envoyé à la campagne. On lui interdit d'écrire. Ses livres seront publiés en France par Fayard.

En 1990, Ismaïl Kadaré obtient l'asile politique en France et partage aujourd'hui sa vie entre Paris et Tirana. En 1996, il a été élu membre associé étranger de l'Académie des sciences morales et politiques à Paris. Mais cet écrivain de renommée mondiale, auteur de nombreux romans (Les Tambours de la pluie, Le Pont aux trois arches, Le grand hiver, Chronique de la ville de Pierre, Pyramides...) n'a pas eu le prix Nobel.

« La renommée de l’auteur, acquise depuis plus de trente ans, ne pose pas problème. Mais le Comité de prix Nobel se pose la question du comportement de l’auteur dans l’Albanie d’Enver Hoxha, dictateur qui réclamait une obéissance totale de son entourage et une soumission absolue d’une intelligentsia qu’il avait malmenée, torturée, liquidée. "Comment Ismail Kadaré a-t-il survécu dans ces conditions ?" - cette question est à la fois très naturelle et tout à fait injuste. Fallait-il mourir à tout prix, sacrifier à la fois sa vie et son œuvre en disant ouvertement devant son bourreau ce qu’on pense de lui et de sa folie ?

Il est vrai que Kadaré a été l’un des rares écrivains albanais qui pouvait provisoirement "sortir" de sa cage et voyager à l’étranger au sein d’une "délégation" d’écrivains commissaires qui le contrôlaient. "Pourquoi n’est-il pas alors resté dans le monde libre ?", d’aucuns se le demandent. Mais il laissait à chaque fois entre les griffes du tyran les otages les plus chers : sa femme (Héléna Kadaré est également écrivain), deux de ses filles, ses parents les plus proches; ils auraient tous expié pour sa "fuite" et sa "trahison", et ceci de la manière la plus tragique. » (extrait d'un article de Predrag Matvejevic, Le Courrier des Balkans, 17 octobre 2005)

« Dans ses livres, Ismaïl Kadaré prend comme toile de fond l’Albanie à différentes époques de son histoire : la période d’occupation ottomane (XVe-XXe s.), les années 1930, postérieures à l’indépendance (1912), les phases de révolution, d’alliances et de ruptures sous le gouvernement communiste. Mais le lecteur ne doit pas chercher dans son œuvre le strict reflet de la réalité historique. L’histoire n’est qu’un appui pour l’imagination fertile de l’écrivain qui la manie à sa façon. Ce qui captive le public étranger qui voit une Albanie fascinante par son exotisme au sein de l’Europe. L’autre spécificité littéraire de Kadaré est le double langage. D’un côté, il semble appuyer le régime, mais, de l’autre, il le mine. Il parvient à cela grâce à des techniques novatrices, dont le grotesque est la plus caractéristique. Alors que, sous la dictature stalinienne, Kadaré a été considéré officiellement en Albanie comme un représentant du réalisme socialiste, il a en réalité contribué à l’ensevelir et à faire pénétrer la littérature albanaise au sein de la littérature mondiale. » (Extrait de l'Encyclopédia Universalis)

Ouvrage à propos de l'auteur

Le Dossier Kadaré, suivi de La Vérité des souterrains (entretien avec Stéphane Courtois)


- L'Albanie entre la légende et l'histoire
- Le général de l'armée morte
- Le concert
- L'hiver de la grande solitude
- Avril brisé
- Les tambours de la pluie
- Trois chants funèbres pour le Kosovo
- Novembre d'une capitale
- Printemps albanais
- Le successeur
- La discorde : l'Albanie face à elle-même

 
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