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Henri Alleg

Journaliste (1921-2013), militant communiste orthodoxe et grande figure du combat anticolonial

Né en 1921, à Londres, dans une famille juive d'origine polonaise sous le nom de Harry John Salem, il prendra plus tard le nom de Henri Alleg. Il vient à Paris au début des années 1920, qu'il quitte en1939 pour Marseille puis Alger. Issu d'une famille engagée à gauche, il adhère au Parti communiste algérien au début des années 1940. En 1949, siège au bureau politique.

« Il devient parallèlement éditorialiste puis directeur d’Alger républicain. Dans le journal, les articles soutenant l’émancipation des colonisés et dénonçant la colonisation cohabitent avec des apologies de la mise en place des démocraties populaires, de la politique stalinienne de collectivisation des usines et de l’agriculture, et de l’élimination de tous les opposants. Avec la guerre d’Algérie Alger républicain est interdit. À la demande du Parti, Alleg met en place une structure légale tentant de faire repaître le journal alors que les cadres du PCA passent dans la clandestinité. Arrêté en juin 1957, il est torturé, livrant le récit des exactions qu’il subit dans La Question. Il s’en suit un deuxième livre sur l’enfermement en Algérie : Prisonniers de guerre. Alors qu’il est transféré à Rennes pour témoigner au procès sur la disparition de Maurice Audin, un militant communiste assassiné par l’armée, il s’évade et rejoint Prague, la "Genève communiste", qui accueille les militants des PC du monde entier menacés par les autorités de leurs pays. (...) En même temps qu’il pratique le journalisme politique à Démocratie Nouvelle puis à L’Humanité, il est également un commis voyageur du mouvement communiste international, participant à de multiples réunions en vue de concerter l’action du mouvement. Il est l’un des plus ardents. En effet, Alleg publie entre 1965 et 1991 plusieurs ouvrages dans la lignée stalinienne et brejnévienne, dénonçant les États-Unis (SOS América, Requiem pour l’oncle Sam) à la gloire de Cuba (Victorieuse Cuba) surtout de l’URSS parmi lesquels Étoile rouge et croissant vert et l’URSS et les juifs de justification de la politique soviétique [dans lesquelles il justifie tous les aspects de la politiques soviétiques] à l’égard notamment des minorités, expliquant, ainsi que la situation des Juifs sous le communisme est [a été] "globalement positive". » (extrait d'un article de Sylvain Boulouque, Le Nouvel Observateur, juillet 2013)

« Au printemps 1958, Jérôme Lindon accepte de publier [La Question] aux éditions de Minuit. Le livre, préfacé par Sartre, est aussitôt interdit. Mais la censure provoque l’inverse de l’effet escompté. Deux semaines plus tard, depuis Genève, l’éditeur Nils Andersson prend le relais. La Question passe la frontière dans des valises et circule, en France, sous le manteau. Au total, 150 000 exemplaires clandestins du livre seront diffusés, contribuant de manière décisive à lever le voile sur la torture. Trois ans après son arrestation, Henri Alleg est inculpé d’"atteinte à la sûreté extérieure de l’État". Il écope de dix ans de prison. Transféré à la prison de Rennes, il s’évade, avec la complicité de Gilberte, lors d’un séjour à l’hôpital. Aidé par des militants communistes, il rejoint la Tchécoslovaquie, où il séjourne jusqu’à la signature des accords d’Évian.Lorsqu’il revient à Alger pour superviser la reparution d’Alger républicain, les menaces des « "frères " du FLN, prêts à s’entre-tuer pour le pouvoir, sont à peine voilées. Avec Abdelhamid Benzine, Henri Alleg échappe de peu à des hommes en armes. L’équipe, pourtant, se reconstitue. L’appui technique de la Marseillaise rend possible la reparution du journal, qui fait sien le slogan des femmes de la casbah, excédées par la guerre que se livrent les factions du FLN : "Sebâa snin barakat ! " (« "Sept ans de guerre, ça suffit ! "). Pourtant, le fossé entre la nouvelle Algérie du FLN et le rêve algérien d’Alleg et de ses camarades est bien là. Il se muera en incommensurable abîme. Après le coup d’État de 1965, il doit prendre la fuite. Les communistes sont pourchassés. Dans l’Arbitraire, un livre témoignant des tortures que lui infligèrent les hommes de la dictature naissante, le dirigeant communiste Bachir Hadj Ali raconte que ses tortionnaires menaçaient de faire d’Alleg, réfugié à Paris, un Ben Barka algérien. » (L'Humanité, juillet 2013)

En 2004, Henri Alleg adhère au Pôle de renaissance communiste en France, un mouvement resté fidèle à la ligne marxiste-léniniste. Il était également membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine. À sa mort, en juillet 2013, il était président d'honneur d'Agir contre le colonilaisme aujourd'hui (ACCA), association dont Henri Alleg était l'un des fondateurs.


- La Question

 
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