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Halldór Laxness

Écrivain islandais (1902-1998)

Halldór Kiljan Laxness occupe une position centrale dans la vie littéraire islandaise au XXe siècle. Sa longévité (il a écrit son premier roman à 17 ans et a vécu jusqu’à plus de 95 ans) et son prix Nobel obtenu en 1955 lui confère une stature qui a n’a pas manqué de faire de l’ombre à tous les romanciers islandais depuis un siècle.


Fils de paysan, Halldór Kiljan Laxness a grandi dans la ferme de ses parents à Laxness, près de Reykjavik. Il se met très jeune à écrire et arrête ses études avant le baccalauréat. Il a ensuite passé une partie de sa vie à parcourir le monde avant de revenir dans son pays natal pour se replonger dans ses racines islandaises. À 23 ans, il s’est converti au catholicisme, fait un long séjour dans le monastère de Saint-Maurice-de-Clervaux au Luxembourg et envisagea de poursuivre ses études à Rome. Il séjourne en Italie, mais renonce à devenir prêtre et rompt avec l’Église catholique (1925). Se tourne vers le dadaïsme et le surréalisme lors de son séjour en France (1924-1926). Halldór Laxness part ensuite tenter sa chance comme scénariste à Hollywood. Dans les années 1927-1930, il a vécu en Amérique du Nord (au Canada et en Californie principalement) où il a embrassé le socialisme. Sa rencontre avec Upton Sinclair lui fait découvrir la littérature engagée. Plusieurs voyages en URSS le conduisent à faire route avec les communistes durant une vingtaine d’années jusqu’à la rupture de 1956.
La fin de sa vie le porte vers le Taoïsme et le retour aux sources de la culture islandaise.

En 1955, le prix Nobel lui est attribué pour avoir « ressuscité l’ancienne tradition narrative islandaise ». Laxness a fait évoluer la langue islandaise en employant des expressions familières, des néologismes et même (sacrilège en Islande) des mots étrangers.

« La carrière de Laxness est éblouissante. Elle se définit d’abord par une révolte généralisée : contre la religion luthérienne d’État – et il se convertit au catholicisme pour un temps, Le Grand Tisserand de Cachemire en porte les traces – puis contre la mentalité ambiante de la bourgeoisie possédante et dirigeante, ce qui lui vaut une vive admiration pour le socialisme d’Upton Sinclair et de nettes sympathies pour le communisme, témoin Salka Valka, histoire d’une petite fille dans une misérable communauté de pêcheurs. Il en reviendra vite et, avec l’ironie cinglante, à la Voltaire (qu’il a d’ailleurs traduite en islandais) qui reste sa marque, il réglera ses comptes après un long voyage en URSS avec les délices du marxisme-léninisme. Et alors, par un cheminement qui ne saurait surprendre, malgré une fracassante parodie des sagas (La saga des Fiers-à-bras), il se redécouvre Islandais et chante, dans une incomparable épopée en prose, l’âme immortelle de son pays : c’est le triptyque de La Cloche d’Islande, un des maîtres romans de notre temps, qu’il faut lire aussi en fonction d’un autre chef-d’œuvre de la même veine, Lumière du Monde. » (Régis Boyer, le Magazine littéraire, Novembre 1985)

Halldór Kiljan Laxness : Que nous dit ce nom étrange ?

« Halldór fait partie du Nordique commun; ce nom fut apporté en Islande avec les Norvégiens qui occupèrent l’île à la fin du IXe siècle. C’est justement en Islande que s’est conservée sans grand changement la langue qui était alors parlée dans toute la Scandinavie.

Kiljan, d’autre part, est le nom d’un Saint irlandais que l’auteur choisit lorsqu’il fut baptisé à l’âge de 20 ans dans la foi catholique. Mais presque tous ses compatriotes sont luthériens. Aucun d’entre eux n’a jamais porté ce nom, toutefois il sonne bien en islandais et il est symbolique en ce sens que, depuis l’aurore des temps, il existait un élément irlandais plus important chez les Islandais que chez aucun autre peuple du nord.

Laxness est un nom de famille que l’auteur se donna et qui est celui de la ferme où il fut élevé. Il y a peu d’Islandais qui portent des noms de ce genre. Ils gardent la vieille habitude germanique de nommer un enfant d’après le prénom de son père. Ce prénom est le véritable nom de chacun. C’est ainsi que Laxness s’appelait à l’origine Halldór Guojonsson, son père s’appelant Guojon Helgason. Ce père fut cantonnier, chef d’atelier et ensuite fermier. Il habitait la capitale, Reykjavik où Halldór naquit le 23 avril 1902. À cette époque et depuis lors beaucoup d’Islandais ont quitté la campagne pour s’établir dans une ville. Mais tout à l’inverse, les parents d’Halldór quittèrent la ville, alors qu’il avait trois ans, et s’établirent dans la ferme de Laxness tout près de Reykjavik au bord du chemin qui mène à Thingvellir, la plaine où se réunissait l’assemblée annuelle d’Islande. C’est là qu’il grandit et il conçut un tel amour pour cette terre de sa jeunesse qu’il y fit construire une belle maison où il habite avec sa famille, et c’est d’après cet endroit qu’il a choisi son nom de Laxness. » (Steingrimur J. Thorsteinsson, professeur à l’Université de Reykjavik, Traduit de l’islandais par le professeur A. Jolivet, Collection des prix Nobel de littérature, septembre 1964)


Sur la Toile

Le grand écrivain photographié par Einar Ragnar Sigurdsson en 1985

Son discours prononcé lors de son attribution du prix Nobel, ainsi qu’une courte biographie (angl.).

Le catalogue bibliographique de la Bibliothèque nordique de Paris


Bibliographie non exhaustive

La plupart des ouvrages cités sont traduits en français.

 Enfants de la nature  (1919) : roman.

 Le grand tisserand de Cachemire  (1927) : Roman, titre original : Vefarinn mikli frá Kasmír.

 Le livre du peuple  (1929) : essai.

 Recueil de poésie  (1930) : poèmes.

 Salka-Valka  (1931-32, traduit chez Gallimard, 1939) : Roman décrivant la naissance des mouvements ouvriers dans un village de pêcheurs.

 Vers l’Est  (1933) : Notes de voyages écrites de l’époque où Laxness avait embrassé la foi communiste.

 Gens indépendants  (1934-35) : Roman montrant la lutte que mène de petits paysans islandais dans un pays revêche, leur ténacité pour se suffire à eux-même et devenir « indépendants » (titre original : Sjálfstaett fólk).

 Lumière du monde  (1936-40, traduit par Régis Boyer pour Aubier-UNESCO, 1989). Un roman en quatre partie qui raconte l’histoire d’un pauvre homme qui affronte tous les malheurs à travers la campagne islandaise, mais qui sait garder la joie grâce à la poésie (titre original : Heimsljós).

 Carnets de route des montagnes  (1937).

 Les sept magiciens  (1942) : Recueil de nouvelles.

 La Cloche d’Islande , (1943-45, traduit chez Aubier-Montaigne 1979) : La grande saga historique qui a fait la renommée de Laxness (titre original : Íslandsklukkan).

 Station atomique  (1948) : La défense des valeurs de l’Islande éternelle face au matérialisme américain (titre original : Atómstödin).

 Gerpla ou La saga des fiers-à-bras  (1952, éditions Pandora) : Une satire de la guerre et du culte des héros dans la veine pacifiste de l’auteur.

Les annales de Brekkukot  (1957) : roman, titre original : Brekkukotsannáll.

 Le paradis retrouvé  (1960, Gallimard) : L’histoire de Steinar, un homme parti s’installer dans une communauté mormon de l’Utah à la recherche du paradis et qui finalement le trouvera à son retour dans son pays d’origine, l’Islande (titre original : Paradísarheimt).

 Le temps des poètes  (1963) : Un essais où Laxness livre ses souvenirs, évoque sa rupture avec les communistes et parle de ses poètes préférés (titre original : Skáldatími).

A quire of seven  (1964) : Recueil de nouvelles.

 UA ou Chrétiens du glacier  (1968, traduit chez Actes Sud, 1988) : Titre original : Kristnihald undir Jökli.

 Chronique de la cambrousse  (1970) : Titre original : Innansveitarkronika.

 Mémoires  (1975-1976-1978-1980) : Quatre volumes autobiographiques.

-> Halldor Laxness


- Cloche d’Islande (La)
- Gens indépendants

 
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