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Germaine Tillion

Ethnologue (1907-2008)

Née en 1907 à Allègre (Haute-Loire), Germaine Tillion a fait des études de lettres (licence) puis d’ethnologie à la Sorbonne. Marcel Mauss et Louis Massignon sont ses deux maîtres. Elle est diplômée de l'École pratique des hautes études, de l'École du Louvre, et de l'INALCO.

De 1934 à 1940, la jeune ethnologue réalise quatre missions dans le massif montagneux des Aurès (sud-est algérien) sur la population berbère chaouia. De retour en métropole en juin 1940, lors de la débâcle, Germaine Tillion, révoltée par le discours de Pétain annonçant l'armistice, décide de participer à la fondation du Réseau du Musée de l'Homme, le tout premier des réseaux de la Résistance.

Dénoncée et arrêtée en 1942, elle est déportée l'année suivante à Ravensbrück avec sa mère qui y décèdera. Elle décrira plus tard l'univers concentrationnaire dans un livre du même nom. Cachée dans une caisse, elle écrit son « opérette-revue » sur le drame vécu par les prisonnières, Le Verfügbar aux Enfers, pour distraire ses compagnes. Le manuscrit restera dans un tiroir jusqu'à sa parution au printemps 2005 aux éditions de La Martinière. Il a été monté au théâtre du Châtelet en 2007 à l’occasion du centième anniversaire de son auteure.

En 1951, elle participe à la commission d’enquête sur le système concentrationnaire en Union soviétique et est une des première à dénoncé ce qui sera appelé plus tard, le goulag.

Fin novembre 1954, Germaine Tillion retourne en Algérie après le déclenchement de l’insurrection à la demande de Louis Massignon. Un an plus tard, elle crée des centres sociaux en Algérie. En 1957, en pleine bataille d'Alger, elle réussit à obtenir pour quelques semaines l'arrêt des attentats contre l'arrêt des exécutions capitales de militants du FLN, après une rencontre secrète avec Yacef Saadi, chef militaire de la région d'Alger. En même temps, Germaine Tillion s'élève avec véhémence contre la torture avec l'historien Pierre Vidal-Naquet ou le journaliste Henri Alleg. Le 18 juin 1957, elle participe à la commission d’enquête sur la torture dans les prisons de la guerre d’Algérie

Germaine Tillion est « toujours restée une observatrice engagée pour la cause de l'humanité et pas une militante encartée dans un parti », dit Tzvetan Todorov. « Elle n'est pas seulement une héroïne de la Résistance et de la guerre d'Algérie mais surtout une femme de réflexion et d'action » dont il a rassemblé une soixantaine d'interventions dans un ouvrage intitulé À la recherche du vrai et du juste en 2001. En 2003, a été créée une Association Germaine-Tillion, pour protéger et diffuser son œuvre. Tzvetan Todorov en est le président.

« Enfin, Germaine Tillion, c’est un regard. Celui de l’ethnographe qu’elle fut, mais pas seulement. Toute sa vie, elle a regardé les hommes vivre, "amicalement et gentiment", dit-elle : les paysans pauvres des Aurès, dans les années 1930, où la mène son premier travail de terrain; les mêmes, en 1954, clochardisés, laissés-pour-compte de l’économie européenne ; les femmes, d’abord celles qu’elle forme dans les centres sociaux d’Alger, et plus tard celles qu’elle rencontre en Mauritanie, au Niger, en Haute-Volta, en Libye, au Moyen-Orient, en Inde, lors de ses missions scientifiques; les sanspapiers à Paris en 1996, les Maghrébins de France, les jeunes de banlieue, les harkis, les pieds-noirs… Est-ce son expérience du Mal, ou la fréquentation de ses maîtres en ethnologie – Marcel Mauss, Louis Massignon ? Elle semble porter en elle toute l’histoire du monde, tissant ensemble avec une évidence confondante les temps immémoriaux et l’urgence du présent. » (extrait d’un article de Catherine Portevin, Télérama 2 Juin 2007)

Directrice de recherche à l'École pratique des hautes études en sciences sociales, Germaine Tillion animait un séminaire ethnologie du Maghreb qui avait une grande réputation.

Militante de toujours, en 2004, elle lance avec d'autres intellectuels français un appel contre la torture en Irak. Germaine Tillion fait aussi partie des cinq Françaises à avoir été élevée à la dignité de grand croix de la Légion d'honneur. Elle est décédée en avril 2008 à son domicile de Saint-Mandé (Val-de-Marne).

Sur la Toile

Le site de l'association Germaine Tillion

Ouvrages sur l'auteure

Le témoignage est un combat


 
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