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Francisco Coloane

Un des grands écrivains chiliens du XXe siècle (1910-2002). Il a décrit la vie des paysans, chasseurs et surtout des marins du sud du Chili.

Au Chili, c'est un écrivain de légende que les enfants lisent à l'école, il est en train de le devenir en Europe où il n'a été connu que tardivement, même en Espagne. Sa découverte est due à Alvaro Mutis, l'écrivain colombien et à François Gaudry, son traducteur. En France, ce sont les éditions Phébus qui ont pris le risque en 1994 de publier des recueils de nouvelles d'un auteur inconnu.

Il n'a écrit que 7 ouvrages, mais ses récits d’aventure à la fois épurés et lyriques le font comparer à Jack London, à Jean Giono ou à Joseph Conrad.

« Vagabond solitaire, il a été péon (ouvrier agricole) d'estancia, châtreur de moutons (avec les dents, naturellement !), dépeceur de baleines, marin... aux portes du cap Horn, avant de devenir... le plus grand écrivain du Chili » Luis Sepulveda.

Il est né en 1910 à Quemchi, petit port de pêche sur la grande île des Chiloé, dans le sud du Chili. Son père avait été chasseur de baleines et capitaine d'un remorqueur. Il est mort alors de Francisco avait 9 ans. En 1923, il accomplit son premier voyage sur l'océan pour rejoindre Punta Arenas, presque à 2000 Km à l'extrême sud du pays. Il s'y installe avec sa mère et étudie quelques années dans un séminaire.

« À seize ans, quelques années après avoir perdu son père, capitaine baleinier, et un an avant que sa mère ne meure à son tour, il reçut un prix pour sa première nouvelle. Il n’en a pas moins continué tout au long de son existence, de se frotter à quantité de métier : chroniqueur judiciaire, cartographe, gardien de troupeaux, tondeur de moutons, gabier, explorateur et sauveteur de vaisseaux en péril. Des expériences dignes d’étoffer l’homme et sa littérature. Sur les traces de son père, il s’est aussi engagé sur un baleinier. Mais le spectacle cruel de la mise à mort des cachalots et autres éléphants de mer qui laisse " la mer ourlée de mousse rougeâtre " a fait de lui un farouche adversaire des chasseurs de cétacés.
L’univers littéraire de Coloane n’est pas que marin. On croise dans ses livres des peones (ouvriers agricoles), employés dans estancias (grandes propriétés), des cavaliers solitaires des Indiens injustement spoliés. Au nom de ces pauvres Alakaluf,Tehuelche et Ona, ces semblables " compagnons d’un même lointain, membre de la grande confrérie australe " selon le mot de Sepulveda, Coloane a rédigé d’ardents plaidoyers. » (extrait d'un article de Corinne Chabaud, La vie, 14 octobre1997).

Alors qu'il a 20 ans, c'est un oncle qui l'invite à découvrir la Patagonie.
« Il m’embêtait toujours avec sa Patagonie. Il jouait de la guitare et chantait des chansons de là-bas. Où est-ce ? lui ai-je demandé un jour. Il a tendu le bras vers une frange de ciel d’un rose magnifique. Quand je suis arrivé là-bas, je me suis senti comme paralysé. Vingt lieues de terres arides bordent la côte atlantique de la Terre de Feu. Tout, là-bas, semble mort; on dirait la naissance ou la limite d’une planète inconnue. C’est pourquoi la lune semble aussi grande et les étoiles aussi proches comme si elles allaient se battre sur nos têtes. Peu de gens triomphent de l’épreuve ; la plupart résistent moins d’un an ou s’en retournent chez eux une côte en moins une épaule démise ou une jambe cassée. Et plus au sud vers Navarino, là où vivent les Yaghans, les gens commencent à voir matin et soir, des lumières bizarres, les courants changent brusquement de direction, les boussoles s’affolent, et les meilleurs marins se perdent. » (l'auteur) (extrait d'un article de Ramon Chao, Le Monde, 11 octobre 1995).

« J’ai écrit la nouvelle Cabo de Hornos très malade dans une pension de l’avenue Portales, une pension où beaucoup de gens étaient morts. Un vieillard venait de mourir. J’étais très mal. J’avais beaucoup de fièvre et un ami, José Bosch Busquet, journaliste au Mercurio m’a dit : " Écris une nouvelle, les nouvelles du dimanche, ils paient 150 Pesos au journal ". Un peu plus tard ma nouvelle a été publiée et José m’a rapporté 150 pesos. J’ai pu aller m’acheter les médicaments. "
" J’ai écrit des choses réelles, plus ou moins inspirées de ma vie, de la vie des gens, de ce que j’ai vécu, observé, souffert. J’ai risqué ma peau plusieurs fois, et tout cela est novateur pour la culture européenne, et comporte un certain exotisme. On m’a comparé à Jack London, mais il est bien meilleur que moi ! » (extrait d'un entretien avec l'auteur).

En 1931, il s’engage dans la Marine chilienne. Deux ans plus tard, il est responsable d’un petit navire de servitude (El Intrepido) dans le détroit de Magellan. Puis il voyage à bord du navire-école Général Baquedano. En 1946, il participe à la première expédition chilienne en Antarctique pour inaugurer une station météorologique. Autant de voyages qui l'inspiront. « C’est la nature qui m’inspire c’est la vie qui a fait de moi un écrivain ».

La mer n'est pas son seul horizon, En 1936, de retour à Santiago, il reprend son métier de journaliste à Las Ultimas noticias. L'année suivante, il est greffier au Tribunal du travail à Punta Arenas. C'est l'époque où il se rapproche de la gauche. En 1938, il adhère au Parti Socialiste marxiste. Plus tard dans les années 1960, il séjournera en URSS et surtout en Chine (où il vit deux ans) sans guère d'esprit critique envers ces régimes totalitaires.

Il est très marqué par la dictature du général Pinochet dans son pays. Plusieurs de ses amis sont assassinés sur ordre de la Junte. « Ecoutez, j’ai vécu un drame intime, c’est lorsqu’ils ont égorgé trois de mes amis Roberto Parada, Manuel Guerrero y Santiago Olate. J’étais ici lorsque j’ai appris la nouvelle, là dans le jardin où il y a une grande pierre avec deux trèfles peints dessus. ils ne savaient même pas égorger. Si on sait tuer un animal, raison de plus pour savoir égorger un homme proprement, sans cette chose horrible du bourreau qui éventre et se met à vomir en voyant les entrailles, au point qu’il faut qu’un autre achève la victime. Les crimes que Monsieur Pinochet a ordonné et que nous payons toujours, je ne les oublierai jamais. C’est pour moi une bestialité qui ne s’était jamais produite dans l’Histoire, même pendant la conquête espagnole. » (extrait d'un entretien avec l'auteur).

En septembre 1973, c’est Francisco Coloane qui prononce en public, sous la menace des mitraillettes, l’éloge funèbre de son ami Pablo Neruda.

Sa carrière d'écrivain a commencé jeune, mais ce n'est qu'en 1940 qu'il publie son premier roman, Le dernier mousse de la Baquedano, devenu par la suite l'un des ouvrages les plus lu en Amérique latine, en particulier par les jeunes.

En 1980, il est élu à la Academia Chilena de Lengua, son discours d’intronisation est un éloge des sociétés indiennes qui survivent dans les terres australes.

Coloane continue de voyager de part le monde. En 1983, il découvre l'Inde. Dans les années 1990, il sera à plusieurs reprises invité en Europe où on le découvre enfin. Il est mort à Santiago du Chili en août 2002.

« Les hommes australs que j'avais connus autrefois étaient en général des individus peu causants, d'aspect rébarbatif, et c'était seulement après avoir gratté minutieusement la cuirasse de leur personnalité qu'apparaissaient les natures communicatives. Je me souviens particulièrement de l'un d'eux. Un homme très grand et corpulent, chevelure rebelle et barbe blanche, qui après avoir été peón d'estancia, châtreur de moutons, contremaître, puis marin sur le bateau-école Baquenado et enfin baleinier, a fait une pause dans ses courses sur les mers australes pour devenir le plus grand écrivain du Chili. Il s'appelle Francisco Coloane, il doit avoir environ quatre-vingts ans et, chaque fois qu'un ami lui rend visite, il l'emmène naviguer sur les canaux et les mers du Bout du Monde. » Luis Sepulveda.

Parmi les œuvres

Le Dernier mousse (Phébus, 1996; Le Seuil, 1998) : le premier roman de l'auteur, paru en 1941 sous le titre El Ultimo Grumete de la Baquedano.

Tierra del Fuego (Phébus, 1994; Le Seuil, 1995) : recueil de nouvelles paru en 1963 au Chili. Le titre le plus connu en Europe.

Cap Horn (Phébus, 1994; Le Seuil, 1996) : recueil de nouvelles paru en 1941 au Chili sous le titre : Cabo de Hornos.

El Guanaco (Phébus, 1994; Le Seuil, 1997) : recueil de nouvelles paru au Chili en 1981 sous le titre : El Guanaco blanco.

Le Golfe des peines (Phébus, 1995; Le Seuil, 1999) : recueil de nouvelles paru au Chili en 1981 sous le titre : Golfo de Penas.

Le Sillage de la Baleine (Phébus, 1998; Le Seuil, 2000) : roman paru au Chili en 1962 sous le titre : El Camino de la Ballena.

Antartida (Phébus, 1999) : roman paru au Chili en 1945 sous le titre : Los Conquistadores de la Antartida.

Le Passant du nouveau monde (Phébus, 2000) : mémoires écrite en collaboration avec Miguel José Varga.


Sur la Toile

Les éditions Phébus qui ont été les premières à publier l'intégralité de l'œuvre de Coloane en français.

Une collection de textes sur l'auteur (esp.)

Le dernier voyage du passant du bout du monde (fr.) par Danielle Schramm, Télérama, août 2002.


- Sillage de la Baleine (Le)
- Le dernier mousse
- Tierra del Fuego
- Golfe des Peines (Le)
- Cap Horn
- El Guanaco
- Passant du nouveau monde (Le)
- Antartida
- Naufrages

 
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