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Elias Lönnrot

Écrivain finlandais (1802-1884)

Il rassembla les chants populaires et les légendes des paysans de son pays. Elias Lönnrot parcourut la Finlande en recueillant les chants des derniers bardes. Ils les retranscrit et les fondit en une seule épopée, peuplée de magiciens, de dieux et de héros, nordique : Le Kalevala (1835; édition définitive, 1849), une œuvre qui nourrit le nationalisme naissant.

L'Elias Lönnrot de Sammati

« Elias Lönnrot naît le 9 avril 1802 à Sammati, dans le sud de la Finlande, dans une famille de sept enfants. Son père, Fredrik Juhana Lönnrot, est le maître-tailleur de la bourgade. Les dons exceptionnels d'Elias sont très tôt décelés : à cinq ans il sait déjà lire et se met à dévorer passionnément livre après livre. (…)

Sa scolarité débute à Tammisaari à l'âge de douze ans. Pour un jeune garçon ne parlant que finnois le maniement du suédois se révèle d'un abord difficile. À l'époque, il n'y a pas d'autre écolier fennophone dans l'établissement.

Malgré tout, en 1816, Elias tenace et assidu réussit à entrer au meilleur lycée de Turku. Etudier à la ville demande de l'argent et malheureusement ses parents ne parvenant plus le financer, Elias doit reprendre la paire de ciseaux et l'aiguille paternelles et aider sa famille. Néanmoins le pasteur de la paroisse le remet à nouveau sur la voie des études et l'envoie à Porvoo, cette fois-ci. Finalement Elias Lönnrot entre à l'université de Turku en 1822.

Elias Lönnrot, l'étudiant

À l'université, Lönnrot, selon l'habitude alors en vigueur, aborda divers sujets d'études. Parallèlement à la médecine Lönnrot étudia le latin, le grec, l'histoire et la littérature. Lönnrot rejoignit également un petit cercle de professeurs et d'étudiants fascinés par l'idée de "nation finlandaise" et dont l'objectif commun était de faire progresser la cause du finnois en tant que langue de la Finlande.

Au cours de ses études Lönnrot s'initia à la poésie populaire. Grâce aux ouvrages qui venaient de paraître sur le sujet, il apprit qu'en Finlande Orientale et tout particulièrement du côté russe, en Carélie Orientale, se trouvaient des régions où les villageois chantaient encore les poèmes anciens.

Sur les conseils de son professeur - Reinhold von Becker - Lönnrot soutint une thèse sur la mythologie finlandaise et son héros Väinämöinen. Cet opuscule en latin parut en 1827.
Lönnrot poursuivit ses études de médecine et devint docteur en 1832. À l'exemple de la plupart de ses condisciples et afin de financer ses études il dut donner des cours particuliers. Cela l'amena au cours de l'été 1824 à fréquenter le manoir de Laukko, à Vesilahti, en Finlande Occidentale. Dans cette région, on chantait encore des poèmes en vers kalevaliens ce qui attira immédiatement l'attention d'Elias qui commença à les retranscrire. À Laukko encore, il eut la chance de rencontrer des colporteurs caréliens qui s'avéraient être aussi d'excellents chanteurs.

En 1827, une catastrophe frappa la Finlande : Turku, la capitale, fut totalement détruite par un gigantesque incendie. En conséquence l'enseignement universitaire de l'année 1827-1828 fut rendu impossible et Lönnrot ne put que rester à Vesilahti pour y poursuivre son enseignement particulier. Petit à petit l'idée d'effectuer un voyage vers l'Est afin de retrancrire l'ancienne poésie faisait son chemin...

Il décida ainsi de partir pour les provinces de Savo et de Carélie dès l'été 1828. Selon ses propres dires : "il souhaitait s'ouvrir à une vision plus large de son pays, en connaître la langue à travers les différents dialectes, mais, tout particulièrement, de récolter les plus beaux fleurons de sa poésie populaire".

Sur les traces de la poésie ancienne : les voyages

En avril 1828, Lönnrot part pour son premier périple. Au début il ne trouve rien de très intéressant mais après avoir poussé vers la Finlande Orientale jusqu'aux provinces de Savo et Carélie il y trouve ses premiers chanteurs-poètes. Sa rencontre avec l'un d'eux, Juhana Kainulainen de Kesälahti, est le point culminant de ce voyage car pendant trois jours Lönnrot retranscrit les chants et incantations de Juhana. Ce voyage dure tout l'été et, l'automne venu, Lönnrot, de retour à Laukko, met au propre l'impressionnante quantité de notes qu'il a accumulées : 6000 vers au total, pour la plupart des incantations et des narrations scandées.

À Laukko, tout en réorganisant ses matériaux, Lönnrot pense déjà à leur publication. Il a la chance qu'un colporteur de Carélie Orientale passe à Laukko et lui chante quelques poèmes épiques, ce qui lui confirme que la Carélie Orientale demeure le véritable creuset de la poésie populaire chantée.

L'université ayant été transférée à Helsinki, Lönnrot y poursuit ses études de médecine. Néanmoins son travail de recherche sur la poésie populaire prend le plus clair de son temps. Il participe également aux travaux d'un petit cercle qui s'est fixé comme mission de retranscrire la poésie ancienne et de promouvoir l'usage de la langue finnoise.

Poursuivant ces objectifs, Lönnrot et ses amis fondent la Société de Littérature Finnoise en février 1831. Il en devient le Premier Secrétaire et pour longtemps le membre le plus dynamique. L'objectif suivant de la Société est de trouver des fonds pour le second voyage de Lönnrot qui doit inclure la partie russe de la Carélie Orientale. Ce périple est interrompu à cause de l'épidémie de choléra qui sévit dans le pays et rappelle Lönnrot à ses obligations de médecin. Malgré tout, le voyage se fait au cours de l'été 1832, période durant laquelle Lönnrot parvient à transcrire 3000 vers, comprenant des incantations et des narrations scandées.

En 1833 Lönnrot devint médecin de la petite ville de Kajaani, dans la province de Oulu. La perte de ses amis de Helsinki fut compensée par la location de Kajaani, à proximité de la Carélie Orientale, terre des bardes. Le projet de publication des derniers poèmes mis au propre prit forme. Lönnrot avait l'intention de les publier séparément, avec une articulation par épisodes, l'intrigue gardant les principaux héros en fil conducteur.

En septembre 1833, le quatrième voyage marqua un tournant important dans la naissance du Kalevala. Parcourant la Carélie Orientale, Lönnrot eut l'occasion de se rendre compte de la richesse et du dynamisme de la poésie chantée à laquelle les habitants s'adonnaient.

Les poèmes y étaient chantés tant par les plus âgés que par les plus jeunes. A Vuonninen Lönnrot rencontra le barde Ontrei Malinen qui en deux jours lui chanta 800 vers comprenant notamment l'épisode du Sampo.

Le vieux barde Vaassila Kieleväinen connaissait parfaitement les thèmes centraux des poèmes et montra à Lönnrot comment les articuler entre eux. La sapience de Vaassila se révèlera d'une importance cruciale dans l'élaboration du Kalevala.

Aux fins de publication, Lönnrot commença de mettre ses notes au propre. Les poèmes du premier voyage avaient été publiés dans le recueil Kantélé sorti entre 1829 et 1831. Après le voyage de 1833 il écrivit les manuscrits de Lemminkäinen et Väinämöinen ainsi que les psaumes des Mariages qui rassemblaient une partie des chants nuptiaux.

Pourtant Lönnrot n'était pas absolument satisfait de son travail. Le but suprême qu'il s'était fixé était de composer une poésie complète - une grande épopée - en gardant à l'esprit l'Iliade et l'Odyssée d'Homère ainsi que l'Edda des Scandinaves anciens.

En décembre 1833 Lönnrot écrit : "Cet hiver je pense aller faire un saut dans la province d'Arkhangelsk et ne ferai plus rien publier avant d'avoir à ma disposition matière à un poème correspondant à la moitié d'Homère."

Ainsi un premier ensemble cohérent long de 5000 vers vit le jour, oeuvre qui fut par la suite baptisé pré-Kalevala. Mais ce travail ne satisfaisait encore pas Lönnrot. Ses pensées le ramenaient continuellement aux villages de bardes de la Carélie Orientale.

Au cours de son cinquième voyage d'avril 1834 Lönnrot fit la connaissance du barde Arhippa Perttunen qui s'avéra être le plus fort de ceux qu'il rencontra jamais en Carélie Orientale.
Au village de Latvajärvi, Arhippa chanta pour Lönnrot deux jours durant, livrant 4000 vers de narration scandée. » (Société de littérature finnoise, 1998 – texte libre de droit)


- Kalevala

 
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