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Elfriede Jelinek

Romancière et dramaturge autrichienne d'avant-garde. Écrivaine à succès, voire à scandale, elle est considérée comme l'auteur de langue allemande le plus important de sa génération. La Pianiste, son septième roman a été traduit dans de nombreux pays et adapté au cinéma avec succès. Par sa vision critique de la société autrichienne, elle est souvent comparée à Karl Kraus, Kurt Tucholsky ou Thomas Bernhard. En octobre 2004, elle a reçu le prix Nobel de littérature et tout de suite souhaité que sa consécration ne soit pas portée au crédit de son pays.

Née en 1946, à Mürzzuschlag, en Styrie (Autriche), Elfriede Jelinek passe son enfance à Vienne. Elle fait sa scolarité dans une institution religieuse viennoise, Notre-Dame-de-Sion, où elle apprend la danse classique et le français. À l'initiative de sa mère, elle apprend aussi le violon, l’orgue, le piano. À 16 ans, elle entre au Conservatoire de musique de Vienne. Trois ans plus tard, désespérée à l’idée de décevoir sa mère sur ses talents de musicienne, elle sombre dans la dépression.

« Je suis issue d’une famille viennoise, véritable reflet de la vieille monarchie multiculturelle : mon père était tchèque; chimiste d’ascendance juive, il adorait argumenter, discuter ; si j’écris, c’est sans doute grâce à lui, en partie du moins. Il m’a montré quel plaisir il y a dans l’argumentation, à manier le verbe. Ma mère est de souche roumaine et allemande. J’ai passé mon enfance à Vienne, j’y ai étudié, entre autres, le piano, l’orgue, le violon, la composition. J’ai même obtenu mon diplôme de fin d’études en musique, pour l’orgue... À l’université, j’ai suivi des cours en histoire de l’art et en théâtre, sans toutefois faire sanctionner ces études par des examens. Très tôt, j’ai écrit des poèmes, publiés d’abord dans la plus importante revue d’avant-garde autrichienne, Protokolle » (Elfriede Jelinek, extrait d'un entretien pour la revue Nuits Blanches, 1993)

Marquée par un père juif socialiste qui sombre dans la folie (il meurt dans un hôpital psychiatrique en 1968) et une mère catholique très autoritaire, elle se tourne vers la littérature pour exprimer sa révolte contre l'autorité. Son premier roman paraît en 1970. Elle connaît son premier succès international avec La Pianiste (1983), adapté au cinéma en 2001, et Lust (1990) qui s'est vendu en Allemagne à plus de 150 000 exemplaires.

« Elfriede Jelinek s’est rapidement fait connaître, détester et respecter par des textes provocants, extrêmement dérangeants. Pour les uns, chacun de ses mots est une brûlure, les autres ne trouvent dans ses textes que froid glacial. Elle s’attaque à des mythes, qu’elle amène au jour dans une langue toujours nouvelle, violente et d’une beauté saisissante. Elle se révèle profondément engagée politiquement et les agressions dont elle a été souvent l’objet dans son pays natal ne la font pas reculer. Aujourd’hui, le trio d’écrivains autrichiens modernes qu’elle forme, avec Thomas Bernhard et Peter Handke, est connu partout dans le monde. Elfriede Jelinek est écoutée, lue, discutée passionnément. » (Nuits Blanches)

Outre des pièces de théâtre, elle a écrit des poèmes, des romans, des scénarios pour le cinéma et la télévision ainsi que des pièces radiophoniques. Elle a reçu une dizaine de prix littéraire, dont le prestigieux Prix Heinrich-Böll de Cologne (1986), le Prix d’Excellence de la ville de Vienne (1989), le prix Georg Büchner (1998) et le prix Heinrich Heine de la ville de Düsseldorf, l'un des mieux dotés (25 000 euros) de la sphère germanique en 2002… Elle est aussi la traductrice de Thomas Pynchon, Georges Feydeau, Eugène Labiche…

« Admirée en Allemagne et en Russie (où son roman La Pianiste, dont la publication en russe a coïncidé avec la sortie du film de Michael Hanecke, rencontre un succès exceptionnel), Jelinek reste en butte à l'hostilité d'une partie de ses compatriotes (certains libraires boycotte ses livres). L'influent quotidien autrichien Kronen Zeitung, dont elle avait critiqué les méthodes dans un article récent, a raillé son pessimisme et l'a traitée de "fasciste de gauche". » (Le Monde, avril 2002). En février 2000, elle avait interdit qu’on joue ses pièces en Autriche pour protester contre l'entrée de l'extrême droite au gouvernement autrichien.

Son œuvre a été traduite en français par Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize et, pour l'essentiel, éditée par Jacqueline Chambon. « Des textes aussi difficiles ne peuvent être traduits que par quelqu’un qui veut absolument faire ce genre de travail. J’ai eu le plaisir de collaborer aux traductions françaises de mes textes. Y. Hoffmann et M. Litaize sont deux femmes extraordinairement engagées; de plus, elles ont le sens du néologisme. Nous avons élaboré une nouvelle façon de travailler. Les jeux de mots dans Lust, par exemple, sont extrêmement compliqués ; au fond, on devrait mettre dix ans à rendre ce texte. » (Elfriede Jelinek, extrait d'un entretien pour la revue Nuits Blanches)

« C'est une écriture qui oblige à vous arrêter tout le temps, à être en permanence accroché. Elle est très bonne dans ses romans plus classiques : La Pianiste, Les Exclus et Les Amants.

Ses derniers romans sont devenus plus compliqués. J'ai refusé de traduire « Avidité » (Le Seuil, 2003) et Le Seuil s'est courageusement attaqué aux « Enfants des morts ». Moi-même, je n'arrivais pas à lire ce dernier roman. En plus, elle s'est mis à faire des gros livres de 600 pages. Et personne ne trouve grâce à ses yeux. Elle exprime une noirceur presque insoutenable. Je trouve même qu'elle perd son humour. » (Jaqueline Chambon, extrait d’un entretien avec Frédérique Roussel, Libération, 7 octobre 2004)


« Ses textes, difficiles à classifier, varient entre prose et poésie, incantation et hymne, ils contiennent des scènes théâtrales et des séquences filmiques. Jelinek a aussi été traductrice (...) et a en outre écrit des scénarios pour le film et un livret d'opéra. Elle a déjà reçu beaucoup de distinctions.

Héritière d'une longue tradition littéraire autrichienne (Karl Kraus, Elias Canetti, Thomas Bernhard), elle utilise un langage élaboré pour sa critique de la société. Le nouveau Nobel de littérature est une personnalité très controversée dans son pays natal. » (extrait d'un article de Frédérique Roussel, Libération, 7 octobre 2004)


Sur la Toile

Le site officiel de l'auteur (all.) où elle exprime ses prises de position.

Une sélection de liens par le Goethe institut

Ses pièces de théâtre sur le site de l'Arche, éditeur.

Une chronologie biographique sur le site de Lire.

Parmi ses œuvres

Avidité  (Le Seuil, 2003)

Maladie ou femmes modernes (L'Arche, 2001) : pièce de théâtre (titre original : Krankheit oder moderne Frauen)

Désir et Permis de conduire (L'Arche, 1999) : pièce de théâtre.

Méfions-nous de la nature sauvage (Jacqueline Chambon, 1995)

Totenauberg (Jacqueline Chambon, 1994) : Dialogue entre le vieil homme (Heidegger) et la vieille femme en voyageuse (Hannh Arendt). (parution en allemand :1991).

Ce qui arriva quand Nora quitta son mari (L'Arche, 1993) : pièce de théâtre conçue comme une suite de la Maison de poupée d'Ibsen.

Les Amantes (Jacqueline Chambon, 1992) : roman écrit en 1975.

Lust (Jacqueline Chambon, 1991 - Le Seuil, 1996)

Les Exclus (Jacqueline Chambon, 1989 - Le Seuil, 1994) : roman écrit en 1980.

La pianiste (Jacqueline Chambon, 1988 - Le Seuil, 1993) : roman écrit en 1983.

Livre sur l'auteure

Qui a peur d'Elfriede Jelinek ?


- Pianiste (La)
- Pianiste (La)
- Lust
- Lust
- Les Amantes
- Exclus (Les)
- Méfions-nous de la nature sauvage
- Totenauberg
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