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David Albahari

Écrivain et traducteur serbe vivant au Canada

David Albahari est né en 1948 à Pec (Kosovo) dans une famille parlant le serbo-croate. Sa mère d'origine bosniaque s'était convertie au judaïsme en 1938, pour éviter tout problème d'identité à ses enfants nés d'un père juif. Il a passé sa jeunesse à Zemun, près de Belgrade (Yougoslavie).

Après des études de langue et de littérature anglo-américaines à l'Université de Belgrade, il débute sa carrière d'écrivain. Dès 1973, David Albahari publie son premier livre qui sera suivi de nombreux autres. À Belgrade, il se fait d’abord connaître par ses nouvelles, d’un style post-moderne qui en font un maître du genre, à la manière de Danilo Kis.

David Albahari a édité plusieurs revues littéraires importantes (Vidici et Knjizevna rec dans les années 1970 et 1980 en Yougoslavie. Il a aussi été le fondateur de Pisma, revue consacré à la littérature du monde entier et de Mezura, revue consacrée à la littérature et à la tradition juive.

David Albahari refuse la folie nationaliste qui s’empare de son pays, la Yougoslavie. En 1994, c’est un pays qui n’existe plus qu’il quitte pour le Canada. Il s’installe à Calgary (Alberta) avec sa famille.

« Je me suis installé au Canada en 1994. L’Homme de neige est le premier livre que j’ai écrit sur place, à partir des sentiments que j’avais moi-même ressentis en quittant mon pays. Je me souviens que personne, au Canada, n’arrivait à imaginer d’où je venais vraiment, ni quel sentiment d’exil et de perte je pouvais éprouver. Je me sentais en paix, ce qui était doux, agréable, mais je sentais aussi que la guerre m’appelait. L’ex-Yougoslavie était à feu et à sang. J’ai ressenti le même trouble en 1999, quand la Serbie a été bombardée : je me suis dit que je devais retourner là-bas immédiatement. Ma femme m’a dit : "Tu es fou." Mais la guerre, d’une certaine manière, était mienne. Lorsque des Canadiens m’en parlaient, c’est comme s’ils débattaient devant moi de ma vie privée. Ils croyaient tout comprendre, mais je continue de penser qu’ils n’y comprenaient rien. » (extrait d’un entretien avec l’auteur, le Nouvel Observateur, 1 avril 2004)

« Durant les années 1990; en Serbie les écrivains étaient divisés en deux groupes : ceux qui endossaient le nationalisme serbe et ceux qui s’y opposaient. Le même phénomène s’est produit en Croatie. Depuis la partition, les relations se sont reconstituées avec ces écrivains qui participent de la même famille d’esprit. Ainsi je maintiens de très bons rapports avec Dubravka Ugresic, une romancière croate, qui vit à Amsterdam et qui était anti-nationaliste. Ma vie au Canada cependant m’empêche d’avoir des contacts suivis. Néanmoins j’étais très fier de savoir que l’un des mes romans, l’appât, a été le premier livre serbe publié en Croatie après la guerre. Et je pense que l’un de mes livres des nouvelles sera publié en Slovénie. Je continue de croire que les écrivains de ma génération et celle plus jeune vont conserver le sentiment d’appartenir à un même espace culturel et une même tradition.

Parfois j’ai l’impression de contenir trop de personnages à la fois. Parfois je me définis comme juif serbe, d’autres fois comme auteur yougoslave et maintenant comme serbo-canadien bien qu’être canadien c’est déjà décliner plusieurs origines. D’aucuns diraient que cette position serait schizo. Mais pour un écrivain cela est précieux car elle nourrit la singularité de sa langue qui est la seule chose qui le définit, tout compte fait. » (extrait d'un entretien de l'auteur avec Fulvio Caccia, Newsletter no 18 de l'association "Canadien en Europe", septembre 2004)

David Albahari a publié huit romans et huits recueils de nouvelles. Ses livres sont traduits en une quinzaine de langues. Lui-même est aussi traducteur de littératures américaine, anglaise et australienne. Il a traduit en serbo-croate des romans de Atwood, Bellow, Naipaul, Pynchon, Nabokov, Singer, Updike... et des pièces de théâtre de Sam Shepard, Sarah kane, Caryl Churchill et Jason Sheman.



- Goetz et Meyer
- Le livre bref
- L'Appat
- Homme de neige (L')
- Tsing
- Globbe-trotter
- Mrak (Ténèbres)

 
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