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Christine Daure-Serfaty

Écrivaine et militante des droits de l’homme (1926-2014),
en particulier au Maroc où Christine Daure-Serfaty a embrassé la cause des victimes de la dictature d’Hassan II et, à distance, a joué un rôle déterminant dans l’évolution du régime. Elle est aussi l’épouse d’Abraham Serfaty le célèbre militant de gauche marocain qu’elle a contribué à sauver du bagne.

Christine Daure est arrivée au Maroc en 1962 comme enseignante d’histoire-géographie au titre de la coopération. En 1972, à Casablanca, elle a caché deux militants maoïstes recherchés par la police marocaine. En 1974, l’un d’eux, Abraham Serfaty, est condamné à la prison à vie. L’autre, Abdellatif Zeroual, meurt sous la torture. Durant des années, elle s’est battue pour sauver Abraham Serfaty du même sort. Elle finira par obtenir de l’épouser en prison en 1986, grâce à l'intervention de Danielle Mitterrand. De 1986 à 1991, elle séjourne à Rabat est sa vie est rythmée par les visites au parloir de la prison de Kenitra.

C’est elle, en 1989, qui transmet à l’écrivain Gilles Perrault toutes les informations sur les « disparus » et sur le bagne de Tazmamart dont on ignorait alors jusqu’à l’existence. C’est ainsi qu’en 1990, paraît Notre ami le roi, le livre-choc qui transforma radicalement l’image du régime d’Hassan II en Occident et contribua à son évolution dans les années qui suivent. De nombreux prisonniers sont, les uns après les autres, sauvés d’une mort certaine. Parmi eux, Abraham Serfaty qui est libéré en 1991, mais banni du Maroc en même temps que son épouse.

Ce n’est qu’après la mort de despote que le couple est autorisé à rentrer au Maroc. En septembre1999, un accueil triomphal leur est fait. Les deux époux habitent Mohammedia dans une villa mise à leur disposition. La présidence de l'Observatoire international des prisons a été confié à Christine Daure-Serfaty.

« La seconde guerre mondiale lui a forgé des convictions solides. Née le 12 novembre 1926, à Montpellier, Christine Daure-Serfaty est adolescente lorsque son père, le physicien Pierre Daure, est démis de ses fonctions. Alors recteur de l'université de Caen, il refusait d'appliquer les décrets antijuifs de l'Etat pétainiste, ce qui lui vaudra d'être, en 1944, le premier préfet nommé par de Gaulle du premier département libéré.

Mais entre-temps, sa famille vit des heures difficiles : entre le 6 juin et le 15 août 1944, les Allemands se replient dans la poche de Falaise entraînant avec eux tous ceux qu'ils peuvent, dont Christine Daure-Serfaty, sa mère, et son jeune frère. Cette époque, où se mêlent la peur, l'esprit de résistance et le rejet d'un ordre établi injuste et indigne, marquera à jamais la jeune femme.

Devenu professeur d'histoire-géographie, elle épouse Pierre Aguiton, un magistrat conservateur un temps nommé à la Cour de sûreté militaire en Algérie. Christine, elle, se radicalise plutôt vers la gauche, et, grâce aux réseaux protestants, héberge en France un Algérien du FLN. Le couple se sépare.

Christine Daure-Serfaty songe alors à emmener ses deux enfants, Christophe et Lise, en Algérie, mais devant le refus catégorique de leur père, doit renoncer. Un compromis est trouvé. Elle s'installe en famille au Maroc, en 1963, avec son nouveau compagnon, Henri Jouvin, dont elle aura une fille, Lucile.

Le divorce sera consommé à la fin des années 1970, en même temps que Christine Daure-Serfaty s'attache de plus en plus au combat de Marocains opposé au roi Hassan II. La répression vise tous les contestataires et militants, surtout d'extrême gauche, dont fait partie Abraham Serfaty. Avant son arrestation en 1972, Christine Daure accepte de le cacher. » (extrait d'un article d'Isabelle Mandraud, Le Monde, 31 mai 2014)

Sur la Toile

Entretien avec Christine Daure-Serfaty (2008)

Le Maroc vers les droits de l'homme à petits pas, par Christine Daure-Serfaty (9 décembre 2004)


Parmi ses publications

 Lettre du Maroc  (Stock, 2000).

 La femme d'Ijoukak  (Stock, 1997) : roman, une étrange histoire dans les montagne de l’Atlas (Lire un commentaire sur le site de l’éditeur). Publié au Maroc en 2008 seulement.

 Chômage, emploi et délocalisation , un chapitre de AC ! Agir contre le chômage, ouvrage collectif (Syllepse, 1994).

 La mémoire de l’autre  (Stock, 1993) : La vie de Christine et Abraham Serfaty dans un livre à deux voix.

 Rencontres avec le Maroc  (La Découverte, 1993)

 La Mauritanie  (L’Harmattan, 1993).

 Tazmamart  (Stock, 1992) : Le livre qui a dénoncé le bagne dont les autorités marocaines niaient jusqu’à l’existence (Un extrait sonore du livre, Tazmamart et un commentaire sur le site de l’éditeur).


- Lettre du Maroc
- Tazmamart

 
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