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Bruno Étienne

Politologue, spécialiste des religions (1937-2009)

Né en 1937 à La Tronche (Isère), Bruno Étienne a fait ses études à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence puis à l'Institut Bourguiba des langues à Tunis, où il a appris l'arabe. En 1965, il soutenu une thèse intitulée Les européens et l'indépendance d'Algérie et obtient le grade de Docteur d'Etat en droit public et en sciences politiques. De 1966 à 1974, il s'installe à Alger en qualité de coopérant technique et enseigne à l'école nationale d'administration (ENA) et exerça diverses charges de conseiller technique. Deux années après son retour en France, il publie un ouvrage intitulé Algérie, cultures et révolution.

Après un séjour au Maroc, il rentre définitivement en France en 1980 pour assurer la direction du Centre de recherche et d'étude des sociétés musulmanes (CRESM) et se consacrer pendant plus de 20 ans, à Lyon puis à Aix-en-Provence, à l'enseignement des sciences politiques et d'anthropologie religieuse comparée.
En 1992, il crée l'Observatoire du religieux qui fédère au sein de l'IEP d'Aix toutes les recherches en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie sur le phénomène religieux.
Cette problématique sera le thème d'un grand nombre de ses ouvrages comme L'Islamisme radical (1987), L'Islam en France (1990), L'Islam, les questions qui fachent (2003), Les combattants suicidaires (2005), La République face au pluralisme religieux (2004). Bruno Etienne s'est intéressé également aux sociétés maghrébines en dirigeant un ouvrage collectif Les problèmes agraires au Maghreb.

« L'universitaire était membre du Grand Orient de France et ne se privait pas de mettre le doigt sur des travers affairistes ou bureaucratiques. "Il faut renoncer à un certain nombre de pratiques qui ont conduit les obédiences maçonniques à devenir des machineries administratives gérées par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego", écrivait-il dans Le Monde en septembre 2000.

Son appartenance maçonnique était partie prenante d'une quête spirituelle plus large qui ne l'a jamais quitté. Même si celle-ci s'accompagnait d'un comparatisme érigé en règle, qui basculait facilement dans le relativisme. "J'ai très rapidement cessé de me moquer des rituels de l'autre et considéré que l'eau de Lourdes valait bien celle de la source de Zemzem ou de Bénarès, que l'homme en noir devant le mur des Lamentations n'était pas plus ridicule que celui qui, s'agenouillant jusqu'au sol, se meurtrissait le front ou que celui qui tournait en rond agitant une clochette", écrivait-il en 1999. Il a consacré une biographie monumentale à Abdelkader, héros de l'indépendance algérienne, mais aussi soufi et franc-maçon.

Au fond, ce protestant de culture, 4e dan de karaté Shito-ryu, autant attiré par le bouddhisme que par l'islam, n'aimait rien tant que l'éclectisme. C'était sa manière à lui de chérir l'humanité. Quelques mois avant sa mort, il déclarait au quotidien La Provence : "J'ai une certaine sympathie pour la connerie des hommes, leur volonté de défendre leur peau. Tout ce que l'humanité produit, même de mauvais, m'intéresse." » (extrait d'un article de Xavier Ternisien, Le Monde, 6 mars 2009)

« À rebours de tout orientalisme qui relègue l'Autre dans une différence imaginaire et irréductible, Bruno Etienne ne cesse de dire et d'écrire que "les Arabes sont des occidentaux".

Comme il l'écrit dans sa grenade, "l'islam n'est pas une religion orientale puisque ses fondements sont bien la Bible et la pensée grecque- que les arabes et les juifs ont connue bien avant la chrétienté latine". En ces temps de dénégation historique et de montée en puissance du face à face entre l'Europe et l'Islam, la pensée de Bruno Étienne est plus que jamais d'actualité. » (extrait d'un article de Thierry Fabre, La Pensée du midi, mars 2009)


- Abd el-Kader : Le Magnanime
- Les combattants suicidaires - Les amants de l'Apocalypse
- Islam, les questions qui fâchent

 
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