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Alexandre Soljénitsyne

Écrivain russe (1918-2008), emblème de la résistance au système soviétique, chantre d'une Russie mythique et passéiste

Né en 1918 à Kislovodsk (Russie), Alexandre Issaïevitch Soljénitsyne a été condamné à huit ans de camp de travail en 1945, suivis de quatre années de relégation, pour avoir critiqué Staline. En 1962, Khrouchtchev autorise la publication d’Une journée d’Ivan Denissovitch mais à partir de 1965, toutes ses écrits sont interdits en Union soviétique. Exportées clandestinement, ses œuvres, Le premier cercle, Le pavillon des cancéreux et L’Archipel du Goulag, ainsi que de nombreuses nouvelles, sont traduites en langues étrangères. La traduction de l’Archipel du Goulag lui vaut d’être arrêté en 1974, puis déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé.

Prix Nobel de littérature en 1970, Alexandre Soljénitsyne a vécu vingt ans aux États-Unis où il a achevé la rédaction de sa gigantesque fresque historique commencée en 1936 : la Roue rouge. Il a regagné sa patrie en mai 1994, pour s'installer à Moscou où il est mort en août 2008.

« De la Journée d’Ivan Denissovitch au Pavillon des cancéreux, lutte réelle de l’homme contre la maladie qu’il a fini par vaincre, seul ou presque. Lutte aussi métaphorique contre le cancer du collectivisme que Soljenitsyne haïssait de toute son âme.

Têtu, l’écrivain ne se retrouva pas pour autant en Occident, dénonçant pêle-mêle son "chaos idéologique", ses mœurs, sa musique ou son absence de morale. Alexandre Soljenitsyne n’avait qu’un seul pays, une Russie mythique et imaginaire, passéiste et obscurantiste.

Il se rallia ainsi à Vladimir Poutine, pourtant ancien dirigeant du KGB qui l’avait torturé. Il soutint la guerre en Tchétchénie. Il remâcha ses rancunes recuites contre les juifs bolcheviques. Les droits de l’homme n’étaient à ses yeux que des « bêtises ». Individu inclassable mais résistant à tous les systèmes comme son exemplaire héros Ivan Denissovitch. (...)

En 2007, Soljenitsyne avait reçu Poutine chez lui pour se voir remettre de ses mains un prix d’Etat : "C’était vraiment un paradoxe douloureux de voir comment l’ancien prisonnier pouvait sympathiser avec l’ancien officier du KGB, relève Viktor Erofeev [son éditeur en Russie]. En tant que conscience de la nation, Soljenitsyne aurait dû aussi prendre la parole plusieurs fois ces derniers temps, quand il voyait le pays sombrer dans l’autoritarisme. Je ne sais pas pourquoi il a gardé le silence. Peut-être ses idées politiques lui ont-elles joué un mauvais tour." En 2001-2002, Soljenitsyne publia une somme sur l’histoire des juifs en Russie, Deux siècles ensemble, qui lui valut de sérieux reproches d’antisémitisme. "Je n’aime vraiment pas son idée que les Juifs ont apporté le communisme à la Russie", résume Erofeev. » (extraits de Libération, 5 août 2008)

Sur la Toile

Repères biographiques, par Georges Nivat

La langue de Soljénitsyne

Soljénitsyne, l'ouvrage de Georges Nivat (Le Seuil, 1980) dans la collection Écrivains de toujours, à lire en ligne


- Le premier cercle
- Une Journée d’Ivan Denissovitch
- Le pavillon des cancéreux
- L'Archipel du Goulag
- La maison de Matriona
- Zacharie l'escarcelle et autres récits

 
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