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Abraham Serfaty

Le plus célèbre des opposants marocains (1926-2010) au régime du roi Hassan II. Son combat pour la démocratie au Maroc a été très cher payé : 15 mois de clandestinité, 17 ans de prison et 8 ans de bannissement.

Abraham Serfaty est né à Casablanca, au Maroc, en 1926 dans une famille juive de la petite bourgeoisie de Tanger. Il sort diplômé de l'École nationale supérieure des Mines de Paris, en 1949. Son parcours militant commence très tôt. Il adhère en février 1944 aux Jeunesses communistes marocaines, puis rejoint à son arrivée en France en 1945 le Parti communiste français. À son retour au Maroc en 1949, il adhère au Parti communiste marocain. Son combat anticolonialiste lui vaut d’être arrêté et emprisonné par les autorités françaises en 1950, puis assigné à résidence en France jusqu’en 1956.

Il exerce des responsabilités importantes au lendemain de l'indépendance du Maroc. En tant que chargé de mission auprès du ministre de l’Économie (1957-1960), il est l’un des promoteurs de la nouvelle politique minière de Maroc indépendant. De 1960 à 1968, il est directeur de la Recherche-Développement à l'Office chérifien des phosphates. Abraham Serfaty est révoqué de son poste pour s’être montré solidaire d’une grève de mineurs. De 1968 à 1972, il enseigne à l'École d'ingénieurs de Mohammedia. Parallèlement, il anime la revue Souffles dirigée par Abdellatif Laâbi.

Abraham Serfaty est un marocain juif, un juif anti-sioniste qui reconnaît l’État d’Israël, mais qui exige l’abolition de la loi dite « du retour » et milite pour la création d’un État palestinien. Au temps de l’occupation française, comme après l’indépendance, il milite dans les rangs du Parti communiste marocain. En 1967, il ne se reconnaît plus dans le nationalisme israélien et s’indigne du sort fait aux Palestiniens. En 1970, il rompt avec un Parti communiste trop doctrinaire à ses yeux et s’engage plus à gauche en participant à la fondation de l'organisation d’extrême gauche Ila Al Amam (En avant), en 1970. En janvier 1972, il est arrêté une première fois et sauvagement torturé. Des manifestations étudiantes en sa faveur pousse les autorités à le relâcher. À nouveau menacé, il entre en clandestinité en mars 1972. Une enseignante française, Christine Daure, l’aide à se cacher.

En 1974, il est arrêté après plusieurs mois de clandestinité. En octobre 1977, lors du grand procès de Casablanca, il est l’un des cinq condamnés à perpétuité. Il est accusé officiellement de « complot contre la sûreté de l’État », mais la lourdeur de la peine provient de son parti pris contre l’annexion du Sahara occidental, même si ce reproche ne figure pas dans l’acte d’accusation. Il passe 17 ans à la prison de Kénitra où il obtient, grâce à l’intervention de Danièle Mitterrand, d’épouser Christine Daure qui l’a toujours soutenu.

La pression internationale est telle, en sa faveur, qu’il est libéré en septembre 1991, mais aussitôt banni du Maroc. Il trouvera refuge en France avec son épouse, Christine Daure-Serfaty. De 1992 à 1995, il enseigne à l'Université de Paris-VIII (département de Sciences Politiques) sur le thème « Identités et démocratie dans le monde arabe ».

Il est autorisé à renter au Maroc en septembre 2000 et son passeport marocain lui est restitué. Il s’installe à Mohammedia avec son épouse, dans une villa mise à sa disposition et perçoit une retraite. En septembre 2000, il est nommé conseiller auprès de l’Office national marocain de recherche et d’exploitation pétrolière (Onarep). Abraham Serfaty n’en transige pas moins sur les principes, face aux atteintes à la liberté de la presse, il demande en décembre 2000, la démission du Premier ministre Abderrahmane Youssouffi. Il est décédé en novembre 2010 dans une clinique de Marrakech à l'âge de 84 ans.



Parmi ses publications

 L'Insoumis, Juifs, marocains et rebelles (Desclée de Brouwer, 2001) : Écrit en collaboration avec Mikhaël Elbaz

 Le Maroc du Noir au gris  (Syllepse, 1998) : Un recueil de texte politique écrit en exil.

 La mémoire de l'autre  (Stock, 1993) : Écrit en collaboration avec son épouse, Christine Daure-Serfaty.

 Écrits de Prison sur la Palestine  (Éditions Arcantère, 1992) : Rédigés à Kénitra entre 1981 et 1985, ces écrits restent fidèles à son engagement politique, il entend provoquer un débat trop souvent occulté sur les palestiniens, sur le déplacement et le déclassement des juifs arabes en Israël et sur le sionisme.

 Lutte anti-sioniste et Révolution Arabe  (Éditions Quatre-Vents, 1977).

Contribution à l'ouvrage collectif :  L'Industrialisation au Maghreb  (1965).



Sur la Toile

L’affaire Serfaty devant la Cour suprême du Maroc : le refus de son droit au retour prononcé en 1998.

Vive la France ! par Abraham Serfaty, dans Le Monde en 1997.

Les dictatures freins au développement : entretien ave Abraham Serfaty en 1994.


- Insoumis (L’)
- Maroc, du noir au gris (Le)

 
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